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Grâce notamment au travail du bronze et à son association avec les pierres précieuses, l'art du joailler Philippe Guilhem est en soi ce que le rhétorique nomme un oxymore ou union des contraires : l'art de la sophistication sauvage...
Le joaillier-sculpteur et gemmologue Philippe Guilhem, installé à Megève, façonne des bagues d'exception et, plus récemment, des boucles d'oreilles et un bracelet manchette. Les trois gamme de sa collection de bagues Mashandy - Bronze, Tytane et Origyne - serties d'une unique pierre fine ou précieuse, présentent des modèles édités chacun en séries limitée de huit exemplaires et numérotés.
Héritier d'une tradition joaillière s'étendant sur quatre générations, Philippe Guilhem fait fructifier le riche patrimoine culturel dont il est heureux dépositaire en créant des bijoux singuliers qui reflètent sa passion pour les arts primitifs. Entouré dès l'enfance de joyaux mais aussi de meubles et de sculptures, il doit sa première inspiration à son arrière-arrière-gra,d-mère, créatrice de la première bijouterie famimliale ouverte à Béziers en 1865 : elle était sculptrice, et il avoue lui rendre hommage en travaillant le bronze. Sa seconde inspiration décisive est son épouse et muse Maria qui, précisément, l'a mis au défi de travailler pour sa collection Mashandy cet alliage de cuivre et d'étain autrefois nommé airain et dont l'utilisation en haute joaillerie parâit de prime abord si surprenante.
Du métal et des pierres
En effet, l’évocation du bronze sollicite spontanément un imaginaire attaché au statuaire et au rougeoiement du métal en fusion figurant de mouvants clairs-obscurs. En réalité, l’intérieur des bagues en bronze de Philippe Guilhem, en contact avec la peau, est en or rose. Le bronze, outre son utilisation étonnante et novatrice en joaillerie eu égard à son aspect rugueux qui contraste avec la pierre fine qui l’accompagne, évolue avec le temps en acquérant une patine qui révèle à sa surface les marques du temps et fait de lui un matériau vivant, en symbiose avec la personne qui porte le bijou. Peut-on alors encore le considérer comme un simple objet, fût-il luxueux ? Il y a là quelque chose de l’ordre du Grand Mystère...
Philippe Guilhem et Maria, également gemmologue émérite, explorent les mines sur tous les continents à la recherche de pierres précieuses, du Sri Lanka à la Tanzanie et d’Ilakaka, à Madagascar, à la Vallée des Rubis, dans la cité légendaire de Mogok en Birmanie. Ces voyages-expéditions traduisent leur engagement vis-à-vis de l’authenticité et de la traçabilité des gemmes, soigneusement sourcées, non traitées et présentées avec un certificat d’authenticité. À l’issue d’une analyse méticuleuse qui garantit une perfection millimétrée, elles rejoindront l’atelier du lapidaire où chaque geste donnera vie à leur éclat unique et exaltera la beauté brute et sauvage de la nature.
Ensuite, chaque création conjuguera la vision artistique de Philippe et l’expertise gemmologique de Maria dans des designs aux lignes épurées. La marque Mashandy se distingue aussi par sa mise en valeur de trésors méconnus comme la tsavorite, un nésosilicate de la famille des grenats alumineux calciques, et le spinelle, une pierre de la famille des oxydes d’aluminium et de magnésium souvent confondue avec le rubis. Philippe, très pointilleux lorsqu’il s’agit d’acquérir des saphirs, rubis, spinelles, grenats, rubellites, tourmalines Paraiba et autres pierres aux teintes vives, possède des pierres rares comme un saphir bleu de 18,77 carats, un rubis de feu non traité de Tanzanie de 8,12 carats, un saphir ovale Padparadscha de 20 carats et un grenat spessartine taille cœur de 6,03 carats.
Véritable hommage à l’art et à la nature qui, depuis des temps immémoriaux, élèvent et inspirent l’humanité, la collection Mashandy se décline en trois gammes: Bronze, Origyne et Tytane. Pourquoi ce «y», se demandera-t-on ? Inscrit dans chaque bijou, il symbolise l’union de deux âmes. La gamme Mashandy Origyne présente une esthétique aux sources millénaires, témoignage de l’évolution des civilisations. Par ses formes et textures nous ramenant aux premières écritures – sumérien cunéiforme, hiéroglyphes égyptiens, sanskrit, idéogrammes chinois, alphabet runique, arabe – elle s’inscrit dans le cycle infini de l’univers. Quant à la gamme Mashandy Tytane, elle doit à l’anodisation la palette de teintes étonnantes arborées par les surfaces de titane: associées avec celles des gemmes, ces couleurs ouvrent un champ infini d’univers chromatiques à la symbolique foisonnante.
Érudition et éclectisme
Les Guilhem étaient des collectionneurs érudits explorant les multiples facettes de l’expression artistique. Avec Mashandy, Philippe puise dans le terreau fertile des Arts Premiers et de l’Art Déco. Citons notamment les créations du bijoutier Raymond Templier avec sa célèbre et hiératique Tête inspirée du sculpteur
Gustave Miklós et qui rappelle les masques africains en vogue dans les années 30. Il se réfère aussi à la poésie de Paul Valéry, sans oublier les toiles cubistes de Braque et Picasso, ou encore les architectures de Zaha Hadid, Le Corbusier et Robert Mallet-Stevens. Enfin, il doit aux lignes épurées des sculptures d’Alexandre Archipenko et de Constantin Brancusi cette élégance minimaliste qui caractérise ses créations.
Pulsations d'Afrique
La passion de Philippe Guilhem pour l’art, qu’il soit ancien ou moderne, et en particulier son intérêt pour les œuvres égyptiennes et africaines, souvent façonnées par des artistes anonymes, trouve son expression dans sa conception du design. Plus qu’une source d’inspiration, il s’agit là du véritable fil conducteur entre l’art historique et l’expression contemporaine ou, pour le dire autrement, entre ce que nature et culture ont produit de plus abouti et de plus éblouissant. Avec ces réminiscences d’Afrique associées aux formes géométriques avant-gardistes des années 1930, l’ancien continent murmure ses secrets au bronze et aux pierres précieuses, qui à leur tour les révèlent subtilement à ceux qui les portent. Car l’attirance du joaillier pour les arts africains va au-delà de la simple admiration
esthétique : c’est une quête pour tisser un lien narratif entre passé et présent. Porter un bijou Mashandy, c’est donc embrasser l’histoire de l’humanité et ce qu’elle a produit de plus somptueux, de plus beau. N’oublions jamais que la beauté n’est pas un luxe, elle nous est aussi nécessaire que le pain et l’eau. Elle seule a le pouvoir de nous sauver.
Andju Ani
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