« L’ANPI-Gabon se mue en instrument opérationnel de la relance économique »

Également président du Réseau International des Agences Francophones de Promotion des Investissements (RIAFPI), Ghislain Moandza Mboma, directeur général de l’ANPI (Agence nationale de Promotion des Investissements du Gabon) ne ménage pas ses efforts pour soutenir l’économie gabonaise et le développement de l’Afrique francophone.

 

 Directeur général de l’Agence nationale de Promotion des Investissements du Gabon

Les trois missions dévolues à l’ANPI sont la création d’entreprise, la promotion des investissements et des exportations ainsi que la facilitation du dialogue public-privé. Depuis votre nomination en 2022, quel bilan pouvez-vous dresser sur ces trois fronts ? 

 

Ghislain Moandza Mboma : Depuis mon arrivée à la tête de l’ANPI-Gabon, nous nous sommes engagés dans une démarche visant à faire de l’Agence la seule porte d’entrée des investisseurs étrangers au Gabon et le premier interlocuteur des opérateurs économiques déjà installés sur le territoire national. À travers la stratégie ANPI-PROSPÉRITE 2023 initialement implémentée, nous avons voulu poser les bases d’une organisation adaptée aux normes internationales et aux défis de notre pays, inscrite dans les différents plans de développement portés par le gouvernement ces cinq dernières années, en particulier le plus récent, le Plan national de croissance et de développement (PNCD). 

Cette vision des autorités s’appuie sur trois axes : l’intensification du dialogue public-privé, l’accompagnement des investisseurs et la digitalisation au service de la diversification économique. Elle a constitué le cadre de la nouvelle stratégie ANPI-DYNAMIQUE 27 dans la perspective de construire une ANPI-Gabon moderne, compétitive et efficace au service de ses partenaires et de sa clientèle, qui s’aligne aussi parfaitement aux objectifs du gouvernement et se positionne comme un instrument majeur dans la mise en œuvre de la feuille de route gouvernementale. 

Et de fait nous observons, depuis, au regard du nombre important d’entreprises créées –13 531 en 2024 –, l’intérêt croissant des investisseurs étrangers pour le Gabon ainsi qu’un fort engouement envers l’entrepreneuriat local. Mais nous savons que plusieurs défis restent à relever.

 

Quelles sont les priorités inscrites dans le plan stratégique ANPI-Dynamique 27 adopté en 2024 ?  Le budget 2025 de l’ANPI, fixé à 3 milliards de FCFA et en très légère baisse par rapport à 2024, suffira-t-il pour renforcer l’attractivité économique du Gabon à l’international ?

 

L’ANPI-Dynamique 27 donne une nouvelle trajectoire à l’action de l’ANPI-Gabon pour les quatre prochaines années. Trois objectifs majeurs sont à retenir dans ce plan stratégique : accélérer l’adoption du nouveau statut de l’Agence la faisant passer d’un EPA à un EPIC, parvenir à mobiliser au minimum 200 milliards de FCFA d’IDE et d’IDN hors pétrole et hors mine, et enfin doter l’ANPI-Gabon d’un siège social.

Pour l’exécution du plan stratégique ANPI-DYNAMIQUE 27, l’ANPI-Gabon aura besoin, sur l’ensemble de la période, de 24,112 milliards de FCFA financés par les subventions de l’État et les ressources propres. Il faut dire que le déploiement efficace de ce projet d’entreprise est étroitement lié à la disponibilité des ressources et à l’implication de toutes les parties prenantes à l’action de l’ANPI-Gabon. 

 

Que va apporter la signature du protocole d’accord entre l’ANPI-Gabon et la Fédération de Commerce et d’Industrie émiratie ? Après l’ouverture de bureaux d’affaires au Japon et en France, l’ANPI en prévoyait une à Dubaï : où en est ce projet ? 

 

Pour rappel, le Gabon et les Émirats pouvaient procéder à des échanges commerciaux bien avant la signature du protocole d’accord en janvier 2024. La signature du protocole d’accord entre l’ANPI-Gabon et la Fédération de Commerce et d’Industrie Émiratie visait à renforcer la coopération économique entre les deux pays et à obtenir un partenariat crédible avec une institution dédiée au secteur privé. Quant à l’ouverture du bureau d’affaires à Dubaï, elle est en cours, sachant que nous avons mis un accent sur les projets structurants pour la partie gabonaise, ainsi que des agendas de travail concertés et un cadre collaboratif afin de promouvoir le développement du potentiel d’investissements entre le Gabon et les Émirats.

 

« L’ANPI-Gabon joue un rôle significatif dans la lutte contre la corruption. »

 

Il est admis qu’un environnement et un climat d’affaires éthique et transparent favorisent l’investissement. Quelle est la contribution de l’ANPI-Gabon en matière de lutte contre la corruption et de réforme du cadre des affaires ? 

 

S’agissant de la contribution de l’ANPI-Gabon à la lutte contre la corruption, l'Agence joue un rôle significatif à travers son Guichet de l'Investissement en déployant des stratégies clés axées sur la simplification des procédures et la réduction des opportunités de contacts interpersonnels potentiellement corruptibles. Deux axes majeurs illustrent cette contribution : d’une part le regroupement en un seul lieu de plusieurs administrations pour réduire les procédures et les contacts humains, d’autre part la numérisation des procédures par la digitalisation du Guichet de formalisation des entreprises.

L'une des sources majeures de corruption réside dans la complexité et la multiplicité des démarches administratives impliquant l'interaction avec de nombreux agents et administrations différentes. Chaque étape représente une opportunité de demandes indues ou de blocages arbitraires. Le Guichet de l'Investissement de l'ANPI-Gabon agit comme un point d'entrée unique pour les investisseurs : en regroupant en un seul lieu, physique ou virtuel, les représentants de plusieurs administrations clés comme les ministères sectoriels, les impôts, les douanes, la sécurité sociale, etc., l'ANPI-Gabon offre de nombreux avantages : centraliser les démarches de l'investisseur qui n'a plus besoin de se déplacer auprès de multiples administrations, rationaliser les procédures par une coordination entre les différentes administrations et ainsi harmoniser les exigences et simplifier les processus en éliminant les étapes redondantes ou inutiles comme sources de frictions susceptibles de favoriser la corruption, et enfin limiter les contacts directs par la réduction du nombre d'interlocuteurs nécessaires, ce qui diminue les occasions de sollicitations illicites ou de négociations informelles. L'interaction est formalisée et encadrée par le processus du Guichet.

S’agissant de la numérisation des procédures par la digitalisation du Guichet de formalisation des entreprises, elle constitue un levier puissant dans la lutte contre la corruption en introduisant la transparence et en éliminant le contact physique à de nombreuses étapes. La dématérialisation des dossiers, avec le dépôt et le traitement électronique des documents, réduit la manipulation physique et les risques de perte, de falsification ou de blocage intentionnel. C’est aussi un moyen de standardiser les processus, car les plates-formes numériques imposent des flux de travail prédéfinis et transparents qui limitent la marge de manœuvre des agents pour des interprétations subjectives ou des demandes arbitraires. La traçabilité est également assurée du fait que chaque étape du processus de formalisation est enregistrée, rendant possible un suivi précis de l'avancement des dossiers et facilitant l'identification d'éventuels blocages ou irrégularités. Là encore, effectuer de nombreuses démarches en ligne (soumission de documents, paiement de frais, suivi de l'état d'avancement) diminue considérablement, voire élimine les interactions physiques avec les agents administratifs, supprimant ainsi une source potentielle de corruption. Enfin, l'accessibilité et la transparence s’en trouvent grandement améliorées puisque les informations relatives aux procédures, aux délais et aux coûts sont accessibles en ligne à tous les investisseurs, favorisant une plus grande transparence et réduisant l'asymétrie d'information qui peut être exploitée à des fins corruptrices.

 

« La création d'un tribunal de commerce autonome au Gabon a eu un impact très positif sur le cadre des affaires. »

 

La création du tribunal du commerce dans votre pays participe-t-elle à l’attractivité du pays ?

 

L'établissement du tribunal de commerce autonome au Gabon a marqué une avancée significative dans l'amélioration du cadre des affaires, le rendant considérablement plus attractif pour les investissements tant nationaux qu'internationaux. 

Tout d’abord, c’est un facteur de spécialisation et d’expertise accrue, ce tribunal de commerce autonome étant composé de magistrats et potentiellement d'assesseurs spécialisés dans le droit des affaires, les pratiques commerciales et les enjeux économiques. Cette expertise garantit un traitement des litiges commerciaux plus rapide, plus pertinent et mieux adapté aux spécificités du monde des affaires. Les investisseurs sont ainsi assurés que leurs différends seront tranchés par des professionnels compétents, réduisant les risques d'interprétations erronées ou de décisions inadaptées qui pourraient freiner l'investissement.

Ensuite, c’est une garantie d’efficacité et de rapidité des procédures car contrairement aux tribunaux de droit commun souvent engorgés, le tribunal de commerce autonome est doté de procédures simplifiées et accélérées conformément à la loi organique n° 008/2019 du 5 juillet 2019 qui fixe l'organisation, la composition, la compétence et le fonctionnement des juridictions de l'ordre judiciaire. L'objectif est de résoudre les litiges commerciaux dans des délais raisonnables, minimisant ainsi les pertes financières et les incertitudes pour les entreprises. Cette célérité s’avère déterminante pour les investisseurs, qui recherchent un environnement juridique prévisible et efficace afin de protéger leurs intérêts et leurs investissements.

En outre, la prévisibilité du droit des affaires et la sécurité juridique se trouvent renforcées. Les décisions rendues, basées sur l’expertise, tendent à créer une jurisprudence cohérente et stable. Cette clarté juridique offre aux investisseurs une meilleure visibilité sur les risques potentiels et les règles applicables, renforçant ainsi la sécurité de leurs investissements et encourageant la prise de décision à long terme.

Bien sûr, la création de cette institution judiciaire spécialisée et performante en matière commerciale renforce la confiance des investisseurs. Elle leur envoie un signal positif fort et témoigne de la volonté du Gabon de se doter d'un environnement juridique favorable aux affaires, où les litiges peuvent être résolus de manière équitable et efficace. Cette confiance accrue est de nature à attirer des capitaux nationaux et étrangers, car les investisseurs sont plus enclins à s'engager dans un pays où leurs droits et leurs intérêts sont solidement protégés par un système judiciaire compétent.

Enfin, ce tribunal contribue à l’amélioration du classement en matière de climat des affaires. Les indicateurs internationaux tels que ceux de la Banque Mondiale accordent une importance significative à l'efficacité du système judiciaire commercial, donc l’amélioration de la rapidité et de la qualité du règlement des litiges commerciaux contribue à celle du classement du Gabon en matière de climat des affaires. Et un meilleur classement rend le pays plus visible et plus attractif pour les investisseurs internationaux en quête de destinations fiables et compétitives…

En conclusion, la création d'un tribunal de commerce autonome au Gabon constitue une réforme structurelle majeure qui a eu un impact très positif sur le cadre des affaires. En offrant une justice spécialisée, rapide et prévisible, elle renforce la confiance des investisseurs locaux et étrangers, sécurise leurs investissements et contribue à faire du Gabon une destination plus attractive pour les flux de capitaux, stimulant ainsi la croissance économique et la création d'emplois.

 

Les échanges que vous avez eus à Libreville en février dernier avec une délégation de la US International Development Finance Corporation (DFC) ont-ils été fructueux ? 

 

La mission économique de la délégation de la US International Development Finance Corporation (DFC) au Gabon s’est déroulée du 12 au 15 novembre 2024. Elle s’est inscrite dans le cadre d’une dynamique de renforcement des relations économiques entre les États-Unis et le Gabon, avec un accent particulier sur la promotion de la croissance économique et du développement durable. Elle a permis d’identifier des opportunités d’investissement dans des secteurs clés comme les énergies renouvelables, les infrastructures, la santé, l’agriculture et les services financiers. 

 

« Le forum économique Gabon-France a redéfini les bases du partenariat des deux pays. »

 

La première édition du Forum économique Gabon-France en 2024 a débouché sur des promesses d’investissement : se sont-elles concrétisées ? Ensuite, en marge de la visite d’État d’Emmanuel Macron, un autre forum économique s’est tenu sous l’égide de l’ANPI et du patronat français (MEDEF). Quel bilan tirer de ces échanges ?

 

Effectivement, lors du Forum Gabon-France tenu à Paris en 2024, il a été annoncé la mobilisation d’environ 739 milliards de FCFA. Il faut rappeler que ce montant correspond d’une part à des promesses d’investissement dans des projets prioritaires, d’autre part à des engagements financiers et à des accords signés pour le financement de projets sur le long terme. À date, l’intégralité de ces projets n’est pas encore arrivée à son terme du fait, notamment, du non-achèvement de certains. Par contre, il faut noter qu’il existe des indicateurs du niveau d’avancement concret de l’investissement comme la signature d’accords pour le financement des projets spécifiques tel que le Transgabonais pour l’appui au programme de remise à niveau du chemin de fer, le projet de modernisation des infrastructures de production et distribution d’eau avec les sociétés SUEZ et la SEEG, ou encore le projet de réhabilitation de la décharge de Mindoumbe et d’aménagement des voiries. Les retombées de l’ensemble de ces projets sont en cours de concrétisation.

En ce qui concerne le forum économique Gabon-France organisé du 24 au 25 novembre 2025 à Libreville, il a été un événement majeur tant par sa volonté de renouveler la coopération économique de nos deux pays que par l’ambition d’élever le niveau de nos échanges sur la base de nouveaux principes. Le bilan que l’on peut faire de ce forum peut être mesuré à trois niveaux : d’une part à la volonté d’une coopération rénovée et équilibrée, en ce sens qu’il fixe et redéfinit les bases du partenariat qui doit être gagnant-gagnant et fondé sur la confiance et la convergence d’intérêts, et qu’il constitue également une réaffirmation du positionnement de la France comme alliée dans un contexte de concurrence asiatique et du Moyen-Orient, d’autre part à la priorisation de l’industrialisation et de la transformation locale qui impose la fixation d’objectifs spécifiques visant à renforcer la valeur ajoutée nationale et à conserver la richesse générée par les ressources sur le territoire, ce qui passe aussi par la transformation de l’économie nationale gabonaise pour une croissance plus durable et inclusive, et enfin aux accords et partenariats concrets matérialisés par la signature de plusieurs engagements financiers dans les secteurs cibles tels que l’énergie, l’agro-industrie, l’agroforesterie, les infrastructures et l’appui aux PME.

 

« Il faut miser sur la complémentarité entre le Gabon et la Côte d’Ivoire. »

 

L'ANPI et le Centre de Promotion des Investissements en Côte d'Ivoire (CEPICI) ont conjointement organisé la 1re édition d'un forum économique à Libreville les 18 et 19 novembre dernier sur le thème « Côte d'Ivoire-Gabon, un modèle de coopération économique Sud-Sud ». Quels ont été les résultats concrets de cette rencontre, sachant qu'en zone CEMAC et UEMOA, le Gabon et la Côte d'Ivoire occupent une position de leader ?

 

Le premier forum Côte d’Ivoire-Gabon a posé les bases d’un nouveau modèle de partenariat économique Sud-Sud et permis d’identifier des pistes stratégiques de coopération concrète. Il faut rappeler que l’objectif général de ce forum était la valorisation de l’expertise ivoirienne dans les secteurs stratégiques gabonais. Il a aussi abordé la possibilité d’inverser la tendance des échanges commerciaux en se fondant sur la complémentarité de nos économies.

Pour cette première édition, nos États ont voulu mettre en avant des actes de coopération sous-tendus par des partenariats de valeur dans six secteurs clés pour la transformation structurelle de nos deux économies et pour le renforcement des échanges bilatéraux. Il s’agit notamment de bénéficier de l’expertise ivoirienne dans les domaines de l’agriculture, de l’agro-industrie et de l’élevage, puis de mutualiser et collaborer dans les domaines des infrastructures, du BTP et des mines. Les secteurs de l’énergie, des énergies renouvelables, de la digitalisation et des technologies ont aussi fait l’objet d’échanges approfondis.

Au sortir de ce forum, deux engagements se sont matérialisés : signature avec AZALAI CI et signature avec ZELA GROUP INTERNATIONAL CENTER. Quant à PORTEO GROUP, il a affiché son ambition concrète d’investir au Gabon.

Vous faites bien de relever les places de leader occupées par nos deux pays et, d’un point de vue stratégique, je pense qu’il faut miser sur leur complémentarité en identifiant les piliers majeurs de leurs économies. Il pourrait s’agir de la consolidation du partenariat Sud-Sud en s’éloignant du modèle traditionnel Nord-Sud. Cela suggère d’organiser régulièrement des événements importants comme les forums d’affaires afin de promouvoir les investissements et les joint-ventures, et de faciliter les échanges commerciaux, les rencontres Be to Be & Be to G ainsi que les partages d’expérience. Il pourrait s’agir également d’objectifs de souveraineté et de transformation qui garantiront une plus grande souveraineté économique, l’accroissement de la valeur ajoutée et des emplois durables tout en réduisant la dépendance aux importations. En définitive, il faut donc penser à mutualiser les ressources complémentaires afin de créer une synergie porteuse, rentable et efficace.

 

«  L’ANPI-Gabon contribue à mettre en œuvre la centrale d’achat publique des produits de première nécessité. »

 

Comment l’ANPI entend-elle impulser ses actions en droite ligne du PNCD 2026-2030 ?

 

Le 30 mai 2025, le président de la République, chef de l’État, S.E. Brice Clotaire Oligui Nguema a tracé une ligne claire : agir avec urgence, efficacité et responsabilité. L’ANPI-GABON accueille cet appel comme une feuille de route certes exigeante mais pleinement alignée avec ses missions. Notre Agence est désormais appelée à devenir un levier structurant de la transformation économique, industrielle et sociale du pays, ce qui implique de simplifier les démarches administratives pour les investisseurs, de créer des partenariats technologiques pour accélérer la montée en compétences, de fournir un appui direct à des initiatives de régulation sociale comme la centrale d’achat publique, ou encore d’aligner les dispositifs avec la vision de souveraineté productive.

L’ANPI-Gabon devient ainsi la plate-forme d’un nouvel écosystème d’investissement agile, visible et tourné vers l’impact. Sous la Ve République, l’ANPI-Gabon se mue en instrument opérationnel de la relance économique. De ce fait, investir au Gabon, c’est désormais investir dans une vision, un cadre rénové et une dynamique de résultats. Ajoutons que ce repositionnement stratégique l’implique dans un rôle clé et étend son action car elle contribuera à l’optimisation de ses capacités opérationnelles pour fluidifier l’entrée des investissements, simplifier les démarches administratives et améliorer la lisibilité de l’offre gabonaise à l’international, pour initier et coordonner des partenariats internationaux et des transferts de technologies et compétences, ou encore pour mettre en œuvre la centrale d’achat publique des produits de première nécessité dont la mission est d’assurer la stabilité des coûts, la réduction de la spéculation et une distribution équitable sur tout le territoire.

 

« La présidence du RIAFPI est assurée par le Gabon. »

 

En décembre 2024, à l’issue de la 7e Assemblée générale du Réseau International des Agences Francophones de Promotion des Investissements (RIAFPI) tenue à Libreville, vous avez été porté à sa présidence pour un mandat de deux ans. Pouvez-vous nous présenter ce réseau ?

 

Effectivement, je suis le président des agences de promotion des investissements dans l’espace francophone. À ce jour, 22 pays constituent ce réseau dont le Vietnam, le Cambodge, le Maroc, le Canada, Haïti, etc. La francophonie compte 83 pays membres, et notre ambition est d’avoir tous ces pays dans le réseau. 

Le RIAFPI a été créé le 17 mars 2014 à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Il constitue un cadre de réflexion fondamentale sur la dynamique d’investissement intra- francophone. Il a entre autres missions celles de créer une synergie entre les investisseurs issus des pays francophones, de favoriser l’échange d’informations et d’expériences, d’encourager l’accès aux financements,  de promouvoir la création d’API structurées, fortes, avec un statut juridique et un ancrage institutionnel adaptés, de renforcer et mettre en cohérence le rôle des API dans l’espace francophone, et enfin de promouvoir l’utilisation de la langue française dans toutes les activités des API membres.

Pour ma part, la première de mes missions est d’élargir ce réseau. Pour ce faire, je peux m’appuyer sur l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qui est le premier contributeur du RIAFPI. La seconde est d’œuvrer à la mise en place d’une académie des métiers de promotion des investissements. Après consultation, la décision a été prise et cette académie sera construite à Libreville. L’idée est de solliciter des mentors en capacité de transférer des méthodologies pour sensibiliser un investisseur potentiel, l’accompagner dans sa démarche, déterminer comment faciliter le dialogue public-privé, comment adopter le marketing pays, créer des catalogues projets, etc. Le troisième objectif est la création d’un panier de garantie. Beaucoup de nos membres ont des projets dans leur pays, mais n’ont pas accès au financement pour les réaliser. Chaque membre sera alors en mesure d’informer son secteur privé de l’existence de ce fonds.

 

« Le RIAFPI s’est bâti une réputation d’acteur incontournable dans la promotion des investissements en francophonie. »

 

Quelles ont été les nouvelles perspectives examinées durant cette 7e AG sur le thème « Investir en francophonie : défis et opportunités » ? Depuis sa création, quelles actions ont été déployées par le RIAFPI pour renforcer sa crédibilité ?

 

Dans le cadre de ses activités, le RIAFPI a adopté un nouveau plan d’actions dénommé Plan Stratégique RIAFPI 2022-2027 qui vise à le repositionner comme une plate-forme économique incontournable dans l’espace francophone, au service des API membres et efficace dans l’attraction des investissements privés. Il repose sur quatre axes. L’axe 1 consiste à accroître la visibilité et la légitimité du RIAFPI auprès des gouvernements et des organisations internationales, et à renforcer son impact et son positionnement dans l’écosystème économique de l’espace francophone, notamment en multipliant les opportunités de développement des chaînes de valeurs entre les pays membres. L’axe 2 prévoit de dynamiser la coopération opérationnelle entre les API des pays membres. L’axe 3 envisage de créer pour le Réseau une Académie d’excellence qui serait le creuset des API en matière de techniques de promotion et développement des investissements. Et enfin l’axe 4 vise à mettre en place une démarche partagée pour l’émergence de fonds de garantie au bénéfice des investissements portés par l’ensemble des API membres.

L’organisation de la 7e Conférence annuelle s’inscrivait dans le cadre de l’exécution du Plan stratégique du Réseau qui ambitionne de bâtir une communauté économiquement dynamique, forte, prospère, au service d’un développement humain durable. Elle s’est concentrée sur plusieurs nouvelles perspectives, notamment le renforcement de la coopération économique entre les pays membres en identifiant des secteurs porteurs pour attirer les investissements étrangers, ou encore la promotion de l’investissement privé et public en élaborant des stratégies pour faciliter l’accès au financement et améliorer le climat des affaires dans l’espace francophone. Un Livre blanc des projets d’investissement prioritaires de chaque pays membre du réseau a été rédigé à cet effet.

Depuis sa création en 2014 en Côte d’Ivoire, plusieurs actions ont été mises en œuvre pour renforcer la crédibilité du RIAFPI : la création d’un réseau d’agences des pays membres permettant la synergie et le partage d’informations, l’organisation régulière de conférences et ateliers pour promouvoir la coopération et l’échange de bonnes pratiques, la mise en place d’outils de communication et de branding – charte graphique, logo, site Internet et présence sur les réseaux sociaux – afin de renforcer sa visibilité, la participation à des forums internationaux visant à le positionner comme acteur clé dans la promotion des investissements en francophonie. Partenaire de l’OIF, le RIAFPI participe régulièrement aux missions économiques de l’institution. Il organise aussi des formations pour le renforcement des capacités et de l’efficacité de ses membres : la dernière, en décembre 2024 à Libreville en marge de la 7e Conférence annuelle, portait sur la facilitation et l’accompagnement des investisseurs et s’inscrivait dans le cadre de l’axe 3 du Plan stratégique visant à créer une Académie d’excellence. Ces initiatives ont permis au RIAFPI de bâtir une réputation solide en tant qu’acteur incontournable dans la promotion des investissements en francophonie. 

 

Placer le Gabon comme un acteur pivot d’une francophonie économique en pleine transformation, est-ce la nouvelle orientation que vous souhaitez donner à votre présidence ?

 

Le RIAFPI a fait le choix d’orienter les investisseurs vers les secteurs à fort potentiel économique afin de maximiser leur impact et leur contribution au développement du continent, notamment de l’espace francophone. En ciblant ces secteurs, le RIAFPI peut favoriser une croissance durable, créer des emplois et renforcer la compétitivité des économies africaines. Faciliter leur implantation permet aussi de réduire les barrières et les coûts liés à l’investissement, ce qui attire davantage d’investisseurs étrangers et locaux.

Quant à placer le Gabon comme un acteur pivot d’une francophonie économique en pleine transformation, cela s’inscrit dans une volonté de dynamiser la coopération économique entre les pays francophones, tout en mettant en avant le rôle stratégique du Gabon dans cette dynamique. En orientant ma présidence dans cette direction, l’objectif est de renforcer la position du Gabon comme hub économique régional et de promouvoir une intégration économique plus forte au sein de la francophonie en soutenant des initiatives innovantes et durables qui favorisent la croissance inclusive et la coopération Sud-Sud.

 

Propos recueillis par Anna de Neuville