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Serge Brice Ngodjou, administrateur directeur général du Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques (FGIS), met en lumière la participation déterminante de cette institution à la transformation économique actuelle du Gabon.
Pouvez-vous nous présenter le FGIS?
Serge Brice Ngodjou : Le Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques (FGIS) joue le rôle de mandataire exclusif du portefeuille souverain de l’État chargé de gérer, mouvementer et optimiser les actifs du Fonds Souverain de la République Gabonaise de façon proactive, rigoureuse et stratégique.
Le FGIS s’implique aussi dans la diversification de l’économie gabonaise en accompagnant sa transformation structurelle afin de réduire sa dépendance aux ressources extractives (pétrole, mines…) et de favoriser l’émergence de nouveaux relais de croissance, et ce via plusieurs véhicules d’investissement dans des secteurs clés : l’énergie avec Gabon Power Company, l’aménagement urbain avec la Façade Maritime du Champ Triomphal, le tourisme durable avec Luxury Green Resorts, l’assistance aéroportuaire avec Handling Partners Gabon, ou encore la réassurance avec SCG-Ré, pour ne citer qu’eux. À travers ces entités, le FGIS poursuit le double objectif de générer de la performance financière et d’avoir un impact tangible sur le développement du pays : création d’emplois, contribution à la croissance économique, amélioration du cadre de vie ou renforcement de l’attractivité du territoire, ce qu’illustre le projet de la Baie des Rois, tant par sa fréquentation que par la visibilité qu’il confère à Libreville.
S’agissant de son mécanisme de financement, le FGIS s’appuie sur des emprunts directs aux banques, des emprunts obligataires ou des IPO via le marché sous régional de la BVMAC ainsi que d’autres montages structurés en co-investissement combinant fonds propres et financements extérieurs, notamment à travers des véhicules dédiés de type Special Purpose Vehicles (SPV) qui permettent de mobiliser efficacement des ressources pour le développement de projets, en particulier dans des secteurs capitalistiques comme l’énergie.
Le FGIS bénéficie aussi de l’appui de partenaires institutionnels internationaux de premier plan. La Banque africaine de Développement intervient régulièrement dans le financement en dette de certains projets en SPV, en particulier énergétiques via Gabon Power Company. Le Fonds monétaire international assure l’accompagnement macroéconomique en soutenant les réformes et en contribuant à l’alignement du pays sur les standards internationaux dans le cadre de programmes auxquels participe le Gabon.
« Nous travaillons actuellement à la redéfinition de notre stratégie et de notre politique d’investissement. »
Vous avez été nommé le 22 janvier 2025. Quel bilan pouvez-vous établir sur ce premier exercice ?
Sur ce premier exercice, le bilan est globalement positif, même s’il s’inscrit encore dans une phase de transformation et de structuration. Dès ma prise de fonction, j’ai conduit un état des lieux approfondi du portefeuille du Fonds souverain afin d’en apprécier la diversité et la qualité, et d’identifier trois catégories d’actifs : des actifs matures à forte valeur ajoutée et générateurs de revenus, des actifs en cours de développement porteurs de potentiel, et enfin des actifs plus fragilisés nécessitant des actions correctives. Sur cette base, nous avons engagé un travail de fond visant à renforcer l’efficacité opérationnelle du FGIS : mise en place de processus structurés, nouvelles méthodes de travail et organisation plus alignée avec les standards internationaux de performance et de gouvernance. Il est en cours de déploiement, avec pour objectif d’inscrire durablement l’action du Fonds dans une logique d’impact économique et sociétal, conformément aux attentes des plus hautes autorités.
Parallèlement, nous avons lancé un vaste chantier d’optimisation du portefeuille articulé autour de trois axes. Le premier consiste à assainir le portefeuille par la rationalisation des actifs les moins performants ou inopérants. Le deuxième porte sur la dynamisation des actifs en développement ou déjà performants à l’instar de FMCT, GPC ou encore SCG-Ré afin de capitaliser sur leurs acquis, d’insuffler une nouvelle dynamique de croissance et de maximiser leur impact économique en renforçant leur performance par une gouvernance améliorée, une meilleure structuration et l’intégration de standards internationaux. Le troisième axe concerne la projection vers l’avenir par la recherche de nouvelles opportunités d’investissement. Nous travaillons actuellement à la redéfinition de notre stratégie et de notre politique d’investissement, avec une attention particulière pour les secteurs encore peu explorés et les niches à fort potentiel. La gestion des fonds sectoriels confiés au FGIS est sous-tendue par l’ambition d’élargir son champ d’intervention et d’accroître sa contribution à la transformation de l’économie nationale, ce qui suppose une exigence forte en matière de durabilité. Qu’il s’agisse de projets énergétiques privilégiant les sources renouvelables comme l’hydroélectricité chez Gabon Power Company ou de projets urbains intégrant des standards environnementaux exigeants à l’image des réalisations certifiées EDGE dans la Baie des Rois, nous veillons à inscrire nos investissements dans une logique d’impact durable.
Ce premier exercice a donc été celui de la clarification, de la structuration et du lancement des grandes transformations. Les bases étant posées, le FGIS s’inscrit dans une trajectoire de performance durable et d’impact renforcé au service de l’économie gabonaise.
Bonne gouvernance, transparence et performance sont essentielles à la gestion d'un fonds souverain. Comment le FGIS s'y emploie-t-il ?
La bonne gouvernance constitue en effet un pilier de la crédibilité et de la performance d’un fonds souverain. Le FGIS s’attache donc à inscrire au cœur de sa gestion la transparence, la rigueur et l’alignement sur les standards internationaux. Au plan national, des mécanismes de contrôle exigeants garantissent la redevabilité de son action : les auditions parlementaires annuelles de l’Assemblée nationale examinent en détail la gestion du Fonds, ses performances et ses orientations stratégiques au cours d’un dialogue ouvert et constructif enrichi d’échanges complémentaires pour approfondir certains points, ce qui témoigne du niveau de transparence de l’information financière produite par le FGIS. S’y adjoint le contrôle de la Cour des comptes, qui intervient de façon indépendante pour examiner la conformité, la régularité et la performance de la gestion. L’analyse des transactions, des justificatifs et des décisions d’investissement lui assurent que les ressources publiques sont utilisées dans le respect des règles, avec efficacité, maîtrise des risques et création de valeur.
Le FGIS veille également à une transparence proactive à l’égard de ses parties prenantes avec la publication régulière de ses activités et son rapport annuel, outil central de communication financière qui présente de manière détaillée la gouvernance du Fonds, ses résultats, la performance de ses actifs ainsi que leur valorisation en comparaison avec les exercices précédents. Les investisseurs, les partenaires et le grand public peuvent ainsi apprécier de façon claire et structurée l’évolution du portefeuille ainsi que les perspectives fondées sur la stratégie et la politique d’investissement du Fonds.
Par ailleurs, l’alignement sur les standards internationaux est une priorité constante. L’inscription active du FGIS dans les réseaux et instances de référence des fonds souverains lui permet de bénéficier de retours d’expérience, de partager les meilleures pratiques et de maintenir un haut niveau d’exigence. Sa participation à l’initiative internationale majeure One Planet Sovereign Wealth Funds illustre sa volonté de s’engager sur des enjeux structurants comme la transition énergétique, la décarbonation et la finance durable.
En définitive, la transparence et la performance du FGIS reposent sur une combinaison de contrôles institutionnels rigoureux, de pratiques internes exigeantes et d’ouverture aux standards internationaux. L’ensemble de ces éléments est documenté et accessible grâce au rapport annuel, référence en matière d’information financière et de gouvernance du Fonds.
Le président de la République a fait de l’accès à l’eau potable et à l’électricité des priorités. Quelles sont vos propositions pour répondre à ces deux urgences ?
L’accès à l’eau potable et à l’électricité constitue en effet une priorité nationale affirmée par le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema. Dans ce domaine, notre action s’appuie principalement sur Gabon Power Company. Plusieurs projets sont déjà en cours selon des modèles de type producteurs indépendants d’électricité qui mobilisent des financements et des expertises variées. La centrale à gaz de Mayumba, qui sera mise en service courant 2026, est une première réponse aux besoins immédiats. L’activité du barrage hydroélectrique de Kinguélé Aval, d’une capacité d’environ 35 MW, débutera au troisième trimestre 2026. Les phases de tests sont déjà engagées.
Le FGIS s’implique aussi dans la réflexion aux côtés de l’État. Développeur de projets et actionnaire de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon, il a une connaissance fine des contraintes de production, de transport ou de distribution. Son expérience du terrain contribue à la refonte en cours de la politique énergétique nationale.
Enfin, 2026 sera une étape clé avec la mise en service progressive de plusieurs infrastructures majeures réduisant les déficits actuels et posant les bases d’un mix énergétique plus équilibré. Ainsi, le FGIS entend accompagner durablement l’action du gouvernement en combinant développement de capacités, amélioration de la gouvernance sectorielle et engagement en faveur d’une énergie plus accessible, plus fiable et plus durable pour les populations.
Propos recueillis par Andju Ani