« Le rôle du patronat est d’accompagner les réformes »

Alain-Claude Kouakoua, nouvellement porté à la tête de la Fédération des entreprises du Gabon (FEG), tient à améliorer la capacité du patronat à produire des propositions économiques solides.

 

Le 19 mai 2025, vous avez pris à la tête de la FEG le relais de Henri-Claude Oyima, alors ministre de l’Économie et des Finances. Trois mois plus tard, vous avez procédé à la réorganisation complète du bureau exécutif. Pourquoi cette restructuration, et quelle place avez-vous accordée aux femmes ?

 

Alain-Claude Kouakoua : La réorganisation du bureau exécutif n’avait pas pour objet de rompre avec l’héritage existant, mais d’adapter l’organisation de la FEG aux nouveaux enjeux : efficacité, réactivité, capacité de proposition et qualité du dialogue avec les pouvoirs publics. Nous avons clarifié les responsabilités autour de pôles stratégiques clairement identifiés – plaidoyer économique, PME et entrepreneuriat, dialogue public-privé, relations internationales, communication – afin que chaque membre du bureau soit pleinement comptable de son périmètre d’action.

S’agissant de la place des femmes, il n’a jamais été question d’un simple affichage. La FEG a vocation à refléter la réalité du tissu économique gabonais. Or les femmes dirigeantes et entrepreneures y occupent aujourd’hui une place centrale. Leur présence renforcée au sein des instances dirigeantes traduit simplement cette réalité, et leur légitimité économique.

Au-delà des questions de gouvernance interne, quels défis prioritaires avez-vous identifiés pour la FEG ? Quelle sera la contribution de la Fédération à la relance de l’économie et au renforcement du dialogue entre l'État et le secteur privé ?

 

Il s’agit avant tout de restaurer un climat de confiance durable entre l’État et le secteur privé, d’améliorer la compétitivité des entreprises locales et de créer les conditions d’un investissement productif soutenable. La FEG, qui représente l’essentiel du PIB (80 %) et de l’emploi formel (80 %), n’a pas vocation à se substituer à l’État mais à jouer pleinement son rôle d’interface économique structurée. Notre responsabilité est de faire remonter les contraintes réelles du terrain, de formuler des propositions crédibles et de contribuer à la qualité de la décision publique. Concrètement, notre action se concentre sur quelques priorités : la commande publique, la fiscalité et la parafiscalité, l’accès au financement des PME, la simplification administrative et la prévisibilité des règles économiques. Nous privilégions une approche pragmatique, fondée sur l’évaluation des impacts, le séquençage des réformes et le dialogue permanent. 


Vous êtes aussi PCA de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS). Votre double positionnement vous semble-t-il de nature à favoriser un dialogue plus constructif entre les entreprises et l’État à un moment où les attentes des populations en matière de justice sociale, d’accès aux soins et de création d'emplois sont particulièrement fortes ?

 

Mon engagement à la fois à la tête de la FEG et du conseil d’administration de la CNAMGS me donne une lecture plus globale des équilibres économiques et sociaux. On oppose trop souvent ces deux dimensions, alors qu’elles sont profondément interdépendantes. Une protection sociale crédible suppose des entreprises solides et capables de créer de la valeur. À l’inverse, les entreprises ont besoin d’un environnement social stable et prévisible pour investir et se développer. Ce double positionnement facilite le dialogue, mais il impose surtout une responsabilité accrue : celle de rechercher des solutions équilibrées, soutenables financièrement et acceptables socialement.

 

Avec la réforme de la commande publique, la nécessaire modernisation des PME et les impératifs de rigueur budgétaire, votre action va-t-elle s’inscrire dans une logique d’équilibre entre ambition de croissance et responsabilité sociale ? 

 

La réforme de la commande publique, la modernisation des PME et les exigences de rigueur budgétaire appellent une approche lucide et responsable. L’ambition de croissance est indispensable, mais elle doit être maîtrisée, structurée et compatible avec les contraintes réelles de l’économie. Le leadership économique que je défends à la tête de la FEG repose sur quelques principes simples : la bonne gouvernance, la transparence, la performance et l’ancrage local. Il ne s’agit pas d’annoncer des objectifs irréalistes, mais de créer un cadre qui permette aux entreprises d’investir, d’innover et de créer de l’emploi dans la durée. Dans le nouveau contexte gabonais, le rôle du patronat est d’accompagner les réformes, d’alerter lorsque c’est nécessaire, mais aussi d’assumer une part de responsabilité dans la transformation de l’économie.

Étant par ailleurs PDG du Groupe ACK – composé de cinq entités – et fin connaisseur du milieu des affaires du Gabon, quelles mesures fortes entendez-vous prendre durant votre mandat ?

 

Je m’inscris clairement dans la continuité du travail engagé par mon prédécesseur, dont l’action a contribué à renforcer la crédibilité et la visibilité de la FEG. Les acquis sont réels et ne demandent qu’à être consolidés. Mon ambition est d’aller plus loin sur trois axes : renforcer l’accompagnement des PME, structurer davantage certaines filières stratégiques et améliorer la capacité de la FEG à produire des propositions économiques solides et documentées. 


Les liens entre I’ANPI et la FEG vont-ils se renforcer ? 

 

Les relations entre l’ANPI et la FEG s’inscrivent dans une logique de complémentarité claire. L’ANPI est l’outil de l’État en matière de promotion des investissements. La FEG, pour sa part, représente le tissu économique existant et veille à ce que l’attractivité du pays repose sur des bases solides. 

 

Quel rôle la FEG a-t-elle joué dans les missions économiques aux États-Unis, en Turquie et en Italie ?

 

Dans les missions économiques menées aux États-Unis, en Turquie ou en Italie, la FEG a joué un rôle de relais économique : présentation du tissu entrepreneurial local, mise en relation entre opérateurs, et contribution à une lecture réaliste des opportunités et des contraintes. Il ne s’agit pas de vendre une image, mais de construire des partenariats durables. L’attractivité d’un pays repose aussi sur la solidité de son secteur privé national. C’est sur ce terrain que la FEG entend apporter sa contribution, de manière responsable et crédible.

 

Propos recueillis par Serge-Henri Malet