« Le temps où le Gabon se limitait à exporter ses matières premières est révolu »

Pour le ministre des Mines et des Ressources géologiques Sosthène Nguema Nguema, l’avenir économique du Gabon passe par une exploitation plus intégrée de ses ressources minières. Du fer de Bélinga à celui de Milingui en passant par le complexe industrialo-portuaire de Kobe-Kobe, le pays engage sa mutation vers une économie créatrice de valeur.

 

Alors que le Gabon ambitionne de faire duIntw ministre Mines secteur minier un levier majeur de diversification économique, quel bilan pouvez-vous dresser des réformes et initiatives engagées depuis votre arrivée à la tête du ministère ? 

 

Sosthène Nguema Nguema : Depuis notre arrivée à la tête du ministère, nous nous attelons à matérialiser la feuille de route prescrite par le chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema. La modernisation du Code minier s’inscrit dans cette dynamique. La révision en cours permettra de sécuriser les investissements et de replacer le secteur minier au cœur de la politique de diversification économique voulue par le président de la République. Le Gabon dispose d’un potentiel géologique exceptionnel longtemps sous-exploité. C’est pourquoi nous avons engagé des réformes profondes pour faire du secteur minier un moteur de croissance durable : réorganisation des services techniques, amélioration de la délivrance des titres, contrôle renforcé des activités et transparence accrue dans la gestion du patrimoine minier. Nous avons également lancé une réforme majeure de la filière aurifère afin de lutter contre l’exploitation illégale et de structurer une véritable économie de l’or, avec des coopératives d’orpailleurs, des corridors artisanaux, un rôle renforcé de la Société Équatoriale des Mines et une meilleure traçabilité. La transformation locale est désormais au centre de notre politique : le Gabon ne se limite plus à exporter ses matières premières mais vise une industrie minière créatrice de valeur, d’emplois qualifiés et de recettes fiscales. Les premiers résultats sont visibles : conventions minières signées, investissements mobilisés, projets structurants en cours, notamment dans le fer, tandis que la réforme aurifère avance. La prochaine étape consiste à accélérer l’industrialisation, à développer les infrastructures logistiques, à renforcer les compétences nationales et à consolider un environnement propice à une croissance durable.

 

« Le Gabon dispose d’un fort potentiel en minerais précieux, notamment les terres rares, le diamant et l’or. »

 

En marge du Mining Indaba du Cap, grand rendez-vous continental de l’industrie minière, vous avez livré le 9 février dernier une intervention remarquée lors du dîner d’affaires des ministres africains du secteur organisé par votre homologue sud-africain Samson Gwede Mantashe. Quels messages avez-vous adressés aux investisseurs internationaux et quelles retombées concrètes attendez-vous pour le Gabon ?

 

Le Mining Indaba constitue aujourd’hui l’un des principaux rendez-vous mondiaux de l’industrie minière. Notre participation répondait à un objectif très précis : présenter le nouveau visage du Gabon et faire connaître la vision portée par le président de la République.

Le message que nous avons adressé aux investisseurs était simple : le Gabon est ouvert aux investisseurs qui ont la même vision du développement. C’est pour cette raison qu’il souhaite désormais construire des partenariats fondés sur une logique de création de valeur partagée. Nous ne recherchons plus uniquement qu’ils soient capables d’extraire des minerais. Nous recherchons des partenaires qui souhaitent investir dans l’exploration, les infrastructures, la transformation industrielle, le transfert de technologies, la formation des compétences nationales et le développement des chaînes de valeur locales. Cette nouvelle approche suscite un intérêt croissant auprès des investisseurs internationaux. 

Au cours du Mining Indaba, nous avons eu de nombreux échanges avec des groupes miniers, des institutions financières, des sociétés d’ingénierie ainsi que des fonds d’investissement souhaitant accompagner les projets structurants du Gabon. Notre présence a également permis de promouvoir plusieurs projets portant sur le développement de nouveaux gisements de fer, l’industrialisation de la filière manganèse et les infrastructures nécessaires à leur valorisation. Au-delà des discussions engagées, cette participation a permis de repositionner durablement le Gabon parmi les destinations minières les plus attractives d’Afrique centrale. Nous constatons déjà un regain d’intérêt de nombreux investisseurs qui suivent avec attention les réformes engagées par le gouvernement. Le Mining Indaba n’est donc pas une finalité. C’est une plate-forme qui permet de nouer des partenariats et constitue de ce fait un canal de diplomatie économique et un tremplin pour attirer les capitaux, les technologies et les compétences indispensables à la réussite de notre stratégie minière.

 

Le 16 février dernier à Libreville, quelle était le portée de votre rencontre avec une délégation des Émirats arabes unis conduite par le Dr Thani Bin Ahmed Al Zeyoudi, ministre du Commerce extérieur ? 

 

Comme vous le relevez vous-même, lors de la rencontre du 16 février dernier à Libreville, la délégation des Émirats arabes unis conduite par le Dr Thani Bin Ahmed avait rencontré les plus hautes autorités gabonaises. Il s’agissait de faire le point sur l’avancement de la mise en œuvre des accords conclus dans ce pays lors de la visite que le chef d’État gabonais avait effectué auparavant. Les échanges ont porté essentiellement sur la valorisation du potentiel aurifère du Gabon. Depuis lors, notre département ministériel s’active à réorganiser ce secteur dont la contribution au budget général de l’État est très attendue par le président de la République, chef de l’État, chef du gouvernement.


 

Quels éléments du cadastre minier national avez-vous présentés à vos partenaires, et comment ce partenariat permettra-t-il de mieux structurer la filière aurifère gabonaise ?

 

La cartographie minière du Gabon révèle un fort potentiel en ce qui concerne certains minerais précieux ou critiques tels que les terres rares, le diamant et l’or, que nous avons présentés à nos différents partenaires au Mining Indaba du Cap. S’agissant plus précisément de l’or, le Gabon envisage de mieux structurer sa filière aurifère et d’en sécuriser les circuits de production et de commercialisation tout en maximisant les retombées économiques au bénéfice du développement du pays. Dans cette perspective, nous avons entrepris un certain nombre de réformes et mis en place des mesures qui vont permettre une meilleure traçabilité des opérations effectuées dans ce secteur et des retombées significatives pour les différents acteurs concernés. 

 

« L’exploitation des gisements de fer de Bélinga et de Milingui feront du Gabon un producteur majeur dans le monde. »

 

Que représente le gisement de Milingui, crédité d’un potentiel de 500 millions de tonnes de minerai de fer, pour l’économie du pays ? Après neuf ans d’exploration et d’évaluation, quelles sont les principales étapes qui restent à franchir avant le démarrage effectif des opérations, annoncées pour novembre 2026 ?  

 

Comme pour tout autre projet, le lancement des opérations d’exploitation du gisement de fer de Milingui, situé dans la Nyanga, nécessite une préparation minutieuse. Ainsi, avant la phase de démarrage effectif prévue en novembre 2026, il reste à franchir plusieurs étapes. S’agissant de l’organisation logistique, il reste à aménager et achever les voies de transport indispensables pour relier le site aux axes d’évacuation du minerai. Il faut ensuite installer les unités de concassage, de traitement et de chargement. Concernant la transformation locale, il reste à mettre en place les structures garantissant une part de valorisation du fer sur le territoire gabonais. Le dernier réglage avant la phase opérationnelle concerne les recrutements, soit 500 emplois directs. 

En ce qui concerne la portée de l’exploitation de la mine de fer de Milingui sur l’économie du Gabon, il s’agit d’une découverte. Cette mine demeure un levier de diversification de l’économie du pays et va permettre au Gabon de réduire sa dépendance au pétrole et au manganèse, créant un nouveau pilier minier. Cette industrie implantée dans la Nyanga renforcera son tissu économique et offrira, je le disais, 500 emplois directs, ainsi que plusieurs milliers d’emplois indirects. Ce gisement possède une réserve d’environ 500 millions de tonnes de minerai, avec un peu plus de 35 millions de tonnes extraits dans la première phase. Á terme, le Gabon occupera une place de choix en devenant l’un des grands producteurs et exportateurs de ce minerai.

 

La pose de la première pierre du port minéralier de Kobe-Kobe a eu lieu le 8 juin dernier dans le sud de Libreville. Que représente cette infrastructure appelée à évacuer le minerai de fer de Bélinga vers les marchés internationaux ? 

 

Dans ses engagements de conduire notre pays vers la félicité comme souhaité par les pères fondateurs de notre nation, le chef de l’État, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, mène sans relâche des combats pour son essor. C’est ainsi qu’il a entrepris de construire le port minéralier de Kobe-Kobe pour évacuer le fer de Bélinga logé dans une zone enclavée. À mon avis, la pose de la première pierre du port minéralier de Kobe-Kobe constitue un acte décisif et historique dans le secteur minier. Elle confirme la ferme volonté du président de la République de consolider la souveraineté économique du Gabon en accélérant la diversification des activités industrielles et la transformation locale des ressources nationales. Le challenge actuel est donc de désenclaver toute cette zone à fort potentiel économique et d’assurer l’évacuation du fer de Bélinga jusqu’au port de Kobe-Kobe.

Quant aux enjeux liés à l’exploitation de ce gisement, ils portent sur plusieurs aspects du développement économique du pays. Il y a entre autres le désenclavement de Bélinga situé à plus de 500 km de Libreville. Ce gisement estimé à plus d’un milliard de tonnes n’avait jusqu’alors jamais pu être exploité en raison des difficultés logistiques majeures déjà évoquées. S’y ajoute la mise en place d’une chaîne intégrée : le projet relie directement la mine au futur port en eau profonde par une ligne ferroviaire de plus de 500 km qui garantit l’acheminement massif du minerai vers les marchés internationaux. Il favorise également la création de la valeur ajoutée locale, l’infrastructure s’inscrivant dans une vision globale qui vise à capter davantage de richesses sur le territoire national en allant de l’extraction minière jusqu’à la transformation industrielle.

Au total, l’exploitation du gisement de fer de Bélinga représente un levier majeur pour diversifier l’économie du Gabon et réduire sa forte dépendance historique aux revenus pétroliers. Dans le même temps, l’exploitation combinée des gisements de Bélinga et de Milingui positionnera le Gabon comme producteur majeur de fer en Afrique et dans le monde.

 

D’une superficie de 500 hectares, le site de Kobe-Kobe est présenté comme le plus grand complexe industriel et logistique d’Afrique centrale. Quels bénéfices économiques, sociaux et industriels le Gabon peut-il attendre d’un projet d’une telle envergure ?

 

Le projet du complexe industriel et portuaire de Kobe-Kobe lancé en juin 2026 offre au Gabon l’opportunité de diversifier son économie hors pétrole, de créer plus de 100 000 emplois et d’accroître la part des mines dans la richesse nationale. Il présente plusieurs bénéfices : d’abord la diversification économique, en rompant avec la dépendance au pétrole grâce à la valorisation des ressources minières. Ensuite l’intégration de la chaîne de valeur incluant l’exploitation du fer de Bélinga, une ligne ferroviaire de 535 km, un barrage hydroélectrique de 400 MW à Booué et un port en eau profonde. Le projet renforce aussi l’attractivité et la souveraineté économique du Gabon grâce à un partenariat incluant l’État. Sur le plan social, il prévoit environ 9 000 emplois directs et entre 100 000 et 160 000 emplois indirects d’ici à 2030-2031, avec une forte insertion professionnelle grâce à des formations locales dans le génie civil, le transport, la maintenance et l’industrie. Globalement, la hausse de la contribution minière aura un impact durable sur la croissance du PIB, le portant de 6 % à 15 % d’ici à 2040. Enfin, le nouveau port en eau profonde, avec un tirant d’eau de 14 à 16 m, contribuera à désengorger le port d’Owendo.

 

Propos recueillis par Serge-Henri Malet