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Avec une augmentation de 51 % par rapport à 2025, la loi de finances 2026 place la direction générale des Impôts (DGI) en situation d’assurer les ressources nécessaires à sa mise en œuvre. Son directeur général Éric Boumah évoque notamment le plan stratégique 2025-2027, qui s’articule autour de quatre axes majeurs : le renforcement de la gouvernance, la modernisation du service rendu à l’usager, l’amélioration du rendement du personnel et l’accroissement des recettes fiscales.
La loi de finances 2026 adoptée par les députés s’élève à 6 358,2 milliards de FCFA, soit une hausse spectaculaire de 51 % par rapport à l’année dernière. Quel rôle va jouer votre régie financière dans l’exécution de ce budget ?
Éric Boumah : La direction générale des Impôts (DGI) a pour mission principale la collecte des impôts, droits et taxes qui relèvent de sa compétence. À ce titre, elle joue un rôle essentiel dans l’exécution du budget. En effet, les impôts constituent la première ressource pour le financement des charges publiques et des investissements structurants. La loi de finances pour l’année 2026 a assigné à la DGI un objectif budgétaire 1564 milliards de FCFA. Cet objectif est en nette augmentation par rapport à celui de 2025, qui s’élevait à 1156 milliards de FCFA. Il en résulte que les recettes fiscales occupent une place importante dans le budget arrêté de l’année 2026.
Depuis quelques années, la DGI s’est engagée dans un processus de modernisation de ses services pour une meilleure mobilisation des recettes fiscales. Cette modernisation se traduit notamment par la mise en service de la plate-forme e-T@x et d’autres réformes dont la vocation est d’améliorer le service rendu à l’usager. Le lancement effectif, dans les prochains jours, de la facture électronique normalisée (FEN) va renforcer cette dynamique. Pour atteindre l’objectif qui lui a été assigné, la DGI compte sur l’engagement et le dynamisme de ses équipes ainsi que sur la digitalisation de son système fiscal.
Quelle va être la contribution de la DGI à la mise en œuvre de la volonté du ministère de l’Économie et des Finances d’engager la procédure de recouvrement des restes à recouvrer (RAR) dus par les entreprises pour les exercices précédents et qui s’élèvent globalement à plus de 803 milliards de FCFA ?
Il convient, de prime abord, de rappeler que les restes à recouvrer (RAR) sont des sommes dues par les contribuables et qui n’ont pas encore été encaissées et reversées dans les caisses du Trésor public. Cela étant posé, la DGI dispose d’un arsenal juridique qui lui permet de recouvrer les impôts dus par les contribuables : les procédures de recouvrement forcé. En pratique, c’est à travers la mise en œuvre des procédures de recouvrement forcé, qui prévoient notamment, lorsque les circonstances l’exigent, le blocage des compte bancaires, l’envoi des avis à tiers détenteurs ainsi que la saisie et la vente de biens, que la DGI accompagnera le ministère en charge de l’Économie dans le recouvrement effectif des restes à recouvrer.
« La facture électronique normalisée est une réforme stratégique et structurante qui fait partie du projet e-Fact. »
Fin janvier à Libreville, vous avez présenté le système de facturation électronique normalisée e-Fact aux membres du directoire de l’OPRAG. Comment ce dispositif a-t-il été accueilli par les responsables portuaires, sachant que depuis le 1er janvier 2026, la facturation électronique est devenue obligatoire au Gabon ?
Dans sa quête de modernisation des services et de mobilisation des recettes fiscales, la DGI est en réflexion permanente pour trouver des solutions susceptibles d’aider et d’accompagner les pouvoirs publics. C’est dans cette optique que la loi de finances pour l’année 2026 a institué la facture électronique normalisée (FEN). Il s’agit d’une réforme stratégique et structurante qui fait partie du projet dénommé e-Fact et qui constitue un levier important pour les finances publiques.
En effet, l’opérationnalisation de la FEN va permettre, d’une part, la collecte, la centralisation et l’exploitation des données fiscales en temps réel et, d’autre part, l’évolution de la relation entre l’administration fiscale et les contribuables par le renforcement de la transparence. La présentation de cette réforme à la communauté portuaire, dont la porte d’entrée est l’Office des ports et rades du Gabon (OPRAG), a été globalement bien accueillie en ce sens que les responsables d’entreprise présents ont perçu l’intérêt opérationnel de la réforme, notamment en matière de fiabilisation des opérations, de réduction des délais de traitement, de sécurisation des flux financiers, de promotion de l’équité fiscale et de concurrence loyale entre opérateurs économiques.
Comment ce système contribuera-t-il à accélérer la digitalisation des procédures fiscales et à sécuriser la collecte de la TVA ?
S’agissant de l’accélération de la digitalisation des procédures et de la sécurisation de la collecte de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), il y a lieu de préciser qu’avec le projet e-Fact, tous les contribuables sont tenus d’émettre les factures électroniques normalisées et de les transmettre automatiquement à l’administration fiscale. À terme, cela favorisera l’interconnexion progressive des systèmes de facturation des entreprises avec le système de base de données de la DGI.
Pour ce qui est de la sécurisation de la TVA, e-Fact permet une traçabilité des transactions, une détection rapide des incohérences ou tentatives de fraude et une réconciliation automatique de la TVA collectée et de la TVA déclarée, ce qui augmente automatiquement le rendement de cet impôt.
« La protection et la préservation de l’environnement sont pris en compte avec la taxe sur l’environnement et la taxe carbone. »
Quelles sont les innovations majeures contenues dans l’annexe fiscale 2026, et quels changements incitatifs sont prévus pour les futurs investisseurs souhaitant s’implanter sur le marché gabonais ?
La loi de finances pour l’année 2026 contient quelques innovations majeures. C’est notamment le cas de l’introduction de la facture électronique normalisée que nous venons d’évoquer et qui, désormais, fait partie des conditions de déductibilité des charges à l’impôt sur les sociétés (IS). Elle intervient également dans la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour la détermination du montant de la TVA à reverser au Trésor public. Toujours dans la recherche de solutions pour l’amélioration du bien-être des populations, la loi de finances 2026 institue la taxe forfaitaire d’habitation et la contribution pour l’amélioration du cadre de vie qui existait déjà dans le dispositif fiscal sous l’appellation de contribution pour les ordures ménagères. Enfin, les aspects liés à la protection et à la préservation de l’environnement sont aussi pris en compte avec l’introduction de la taxe sur l’environnement et de la taxe carbone.
Pour renforcer les contrôles conjoints et améliorer la gestion fiscale et douanière dans la lutte contre la fraude, les irrégularités et l’évasion fiscale, quelles mesures concrètes ont été arrêtées à la suite de la séance de travail ayant réuni les équipes de la direction générale des Douanes et celles de la DGI le 7 novembre dernier à Libreville ?
Avant de répondre à la question proprement dite, je tiens à préciser que la direction générale des Impôts et la direction générale des Douanes et des Droits indirects (DGDDI) sont au cœur de la réalisation du Plan national de croissance et de développement (PNCD) mis en place par les plus hautes autorités. À ce titre, elles sont chargées de collecter les recettes fiscales nécessaires à la réalisation des projets d’intérêt général. Pour une mobilisation accrue de ces recettes, une collaboration étroite et efficace est essentielle. D’où la séance de travail que vous évoquez et qui a abouti à la prise d’un certain nombre de recommandations. Parmi elles figurent le renforcement de l’échange d’informations par la mise en place d’un partage amélioré des données entre les deux administrations ainsi que l’harmonisation et la coordination des contrôles par l’uniformisation des méthodes de travail. Sont également prévues la mise en place d’un cadre réglementaire commun par l’élaboration d’un arrêté ministériel pour encadrer les interventions des deux administrations ou encore la définition d’outils et de procédures opérationnelles communes par la création d’un modèle commun de données. Enfin, ces préconisations incluent l’assainissement du fichier des contribuables à la DGDDI.
En un mot, l’objectif final est de réduire les pertes de recettes publiques et d’améliorer la gouvernance fiscale et douanière au Gabon.
« Le séminaire du CREDAF a recommandé la promotion de l’égalité de genre dans les administrations fiscales. »
La DGI du Gabon a accueilli en janvier 2025 les discussions internationales sur l’égalité de genre dans les administrations fiscales africaines lors d’un séminaire organisé par le Centre de rencontres et d’études des dirigeants des administrations fiscales (CREDAF). Quelles recommandations ont été formulées pour guider les administrations fiscales des pays membres vers une prise en compte plus équitable et inclusive du genre ?
Le Gabon a en effet accueilli, du 21 au 24 janvier 2025 à Libreville, un séminaire préparatoire à la conférence annuelle du Cercle de réflexion et d’échange des dirigeants des administrations fiscales (CREDAF) dont le thème portait sur les enjeux de l’égalité de genre dans les administrations fiscales. Il importe tout de même de souligner que les administrations fiscales jouent un rôle essentiel dans la mise en œuvre des politiques publiques, car elles sont chargées de mobiliser les ressources internes nécessaires aux États, lesquels sont tenus d’atteindre les objectifs de développement durable (ODD) assignés par les Nations unies, et notamment l’ODD 5 relatif à la prise en compte de l’approche genre dans les politiques publiques.
Pour ce qui est des conclusions du séminaire, elles ont recommandé entre autres la promotion de l’égalité de genre par l’élimination de toutes les discriminations basées sur le sexe, ainsi que la promotion de l’accès des femmes aux postes de responsabilité et à la sphère de la prise de décisions. Elles mettent aussi l’accent sur le développement des réseaux des femmes au sein des administrations fiscales ainsi que sur la sensibilisation des décideurs des administrations fiscales à la prise en compte de la dimension genre.
« La régie financière dont j’ai la charge a réalisé en 2025 un résultat supérieur à celui de l’année 2024. »
Votre régie financière a adopté en mars dernier son plan stratégique 2025-2027 visant à mobiliser 3 738 milliards de FCFA de recettes fiscales hors pétrole. Pensez-vous pouvoir atteindre cet objectif ?
Le plan stratégique 2025-2027 s’articule autour de quatre axes majeurs : le renforcement de la gouvernance, la modernisation du service rendu à l’usager, l’amélioration du rendement du personnel et l’accroissement des recettes fiscales. L’objectif de recettes contenu dans ce plan ambitieux mais réaliste, à savoir la mobilisation de 3 738 milliards de FCFA, repose sur une stratégie déjà opérationnelle qui tient compte des autres axes stratégiques que j’ai déjà évoqués. En effet, la digitalisation des procédures, l’élargissement de l’assiette fiscale par la fiscalisation de nouveaux contribuables et le renforcement des outils de lutte contre la fraude à travers la mise en place de la facture électronique normalisée contribuent à l’atteinte de cet objectif. Il convient d’ailleurs à ce propos de relever que la régie financière dont j’ai la charge a réalisé en 2025 un résultat supérieur à celui de l’année 2024, c’est-à-dire 1 087 milliards, contre 1 080 milliards de FCFA, même si l’objectif visé n’a pas été atteint.
Comment les actions de la DGI vont-elles s’inscrire dans la droite ligne des orientations du Plan national de croissance et de développement (PNCD) ?
En ce qui concerne les actions à mener pour 2026 en cohérence avec le PNCD, nous sommes en charge du soutien à la diversification économique par la sécurisation du climat des affaires grâce à l’élaboration d’une fiscalité plus simple et plus stable, comme l’illustre parfaitement la simplification du mode de calcul de la contribution foncière unique (CFU). Nous prévoyons également le maintien de la dynamique de mobilisation des ressources intérieures pour financer durablement les infrastructures et le social sans recourir à l’endettement de façon excessive. Enfin, notre contribution à l’équité et à la transparence s’opérera via le développement de la formalisation, c’est-à-dire l’accélération de l’intégration du secteur informel dans le circuit économique formel, créant ainsi plus de valeurs et d’emplois.
Propos recueillis par Anna de Neuville