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La loi de finances 2026 marque un tournant dans la politique budgétaire du Gabon, avec une hausse significative des moyens et un recentrage sur l’investissement productif. Aligné sur le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030, ce budget porte l’ambition de renforcer la transformation économique et l’efficacité de la dépense publique. Thècle Wilfried Nzamba Mangala, directeur général du Budget, en décrypte les principaux enjeux.
Quels sont les principaux enseignements de la loi de finances 2026 adoptée par les deux chambres du Parlement et arrêtée à 6 358,2 milliards de FCFA (environ 9,7 milliards d’euros) en ressources et en dépenses, soit une hausse de 51,2 % par rapport à 2025 ? Pourquoi de nombreux observateurs parlent-ils d’un tournant historique avec la Vᵉ République pour ce premier budget 2026 ?
Thècle Wilfried Nzamba Mangala : Je vous remercie de l’opportunité qui m’est offerte de présenter les orientations majeures de la loi de finances pour l’exercice 2026, laquelle constitue une étape déterminante dans la trajectoire économique, financière et institutionnelle de notre pays. Avant d’aborder le fond de la question, il me paraît indispensable d’insister sur le fait qu’effectivement, le budget de 2025 était de 4 204,9 milliards de FCFA, tandis que la loi de finances de l’année 2026 a arrêté un budget de 6 358,2 milliards de FCFA. L’écart entre les deux exercices, qui s’établit à 2 153,3 milliards de FCFA, correspond bien à une augmentation de 51,2 %.
L’ampleur de cet effort budgétaire, du reste considérable, prouve que l’année 2026 est un moment décisif dans la gestion des finances publiques, en ce sens que la loi de finances 2026 traduit un changement profond de doctrine budgétaire, marquée par l’affirmation de l’État dans son rôle d’investisseur stratégique. Cette réorientation significative de la dépense publique en faveur des investissements productifs témoigne d’une volonté résolue de l’exécutif d’investir pour une croissance durable, de renforcer la compétitivité de l’économie nationale et d’accélérer sa transformation structurelle. C’est dans cette logique que le budget de 2026 est articulé autour de priorités stratégiques clairement identifiées dans le Plan national de croissance et de développement promu par Monsieur le président de la République, chef de l’État, chef du gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema. En effet, la consolidation de la souveraineté économique, le renforcement de la connectivité territoriale, la promotion des politiques sociales et la poursuite de la modernisation de l’État sont les grandes orientations qui traduisent la volonté de l’exécutif d’agir sur les leviers de la production, de la cohésion sociale et de l’efficacité de l’action publique. À ce titre, l’enjeu central réside désormais dans la qualité de l’exécution budgétaire.
Notre responsabilité, à la direction générale du Budget, est donc d’assurer une gestion rigoureuse, transparente et orientée vers les résultats, afin que chaque franc mobilisé produise un impact mesurable et tangible sur l’économie nationale et sur les conditions de vie des populations. En résumé, l’un des principaux enseignements de la loi de finances 2026 réside dans l’alignement intégral du budget sur le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030.
« Le SIGFiP renforce le contrôle de la dépense publique. »
L’une des forces majeures de cette loi de finances 2026 réside dans la prévision de recettes ambitieuses, avec des entrées estimées à 4 153,9 milliards de FCFA. Quelle est l’importance de cette augmentation par rapport à 2025 ?
Les recettes prévisionnelles arrêtées à 4 153,9 milliards de FCFA traduisent une progression d’environ 32 % par rapport à 2025. Cette évolution, qui reflète une dynamique renouvelée en matière de mobilisation des ressources publiques, est conditionnée par la mise en œuvre de réformes structurelles ciblées, notamment la modernisation des administrations de recouvrement, l’élargissement de l’assiette fiscale et l’intégration progressive des secteurs jusqu’ici faiblement contributifs. Cette performance attendue intègre également les effets positifs de la stratégie de diversification de l’économie, avec une progression significative des recettes non pétrolières, visant à réduire la dépendance budgétaire aux ressources extractives. Bien qu’ambitieuse, cette trajectoire demeure réaliste et soutenable. Elle repose sur des hypothèses macroéconomiques prudentes, des outils opérationnels renforcés et des perspectives de croissance économiques solidement établies.
« Les recettes prévisionnelles en hausse de 32 % sont portées par une mobilisation accrue des ressources publiques et des réformes fiscales .»
Comment expliquez-vous le choix de recentrer ce budget ambitieux sur les investissements productifs et la restauration de la capacité stratégique de l’État ? On observe en effet que la forte hausse des dépenses d’investissement entraîne une expansion notable du déficit budgétaire, qui s’élèverait à 2 119,2 milliards de FCFA en 2026, soit plus du double par rapport aux années précédentes. Quel mécanisme va être privilégié pour couvrir ce déficit ? L’apport des bailleurs de fonds est-il envisagé, voire souhaité, pour appuyer ces opérations de financement ?
Le recentrage du budget 2026 sur les investissements productifs s’inscrit dans une stratégie de rééquilibrage de la politique budgétaire visant à renforcer le potentiel de croissance à moyen et long termes tout en améliorant la qualité de la dépense publique. Historiquement, la structure budgétaire a été caractérisée par une prédominance des dépenses courantes, limitant l’impact de l’action publique sur la transformation structurelle de l’économie. La loi de finances 2026 vient corriger cette configuration en augmentant la part relative des dépenses d’investissement, particulièrement dans les secteurs présentant des externalités positives élevées comme les infrastructures, l’énergie, les équipements sociaux structurants et les secteurs productifs.
Il est vrai que l’augmentation des dépenses d’investissement entraîne mécaniquement une expansion du déficit budgétaire, estimé à environ 2 137,2 milliards de FCFA. Toutefois, ce déficit s’inscrit dans une logique contracyclique et d’investissement, dont l’objectif est de générer des effets multiplicateurs sur la croissance, d’améliorer la productivité globale des facteurs et de renforcer les bases de mobilisation des recettes futures. La stratégie de financement retenue repose sur une approche diversifiée et prudente, articulée autour de trois axes principaux. En premier lieu, le renforcement de la mobilisation des ressources internes. Cette orientation vise à consolider l’autonomie budgétaire de l’État à travers l’élargissement de l’assiette fiscale, l’amélioration du rendement des administrations fiscale et douanière, la rationalisation des exonérations et des dépenses fiscales et l’optimisation du recouvrement des recettes non fiscales. En second lieu, le recours maîtrisé aux marchés financiers. Le financement du déficit intègre également le recours aux marchés intérieur et régional, dans le respect des capacités d’absorption du marché, des conditions de refinancement compatibles avec la soutenabilité de la dette et d’une gestion active du portefeuille de la dette publique. Enfin, la mobilisation ciblée des financements extérieurs concessionnels. L’État privilégie les financements concessionnels dans la mesure où ils permettent de réduire le coût moyen de la dette, d’allonger la maturité du portefeuille et de financer prioritairement des projets à forte rentabilité socio-économique.
Cela dit, l’appui des partenaires techniques et financiers est envisagé comme un levier d’accompagnement des projets structurants dans un cadre compatible avec les analyses de viabilité de la dette et les objectifs de stabilité macroéconomique. Par ailleurs, l’amélioration de la qualité de la dépense d’investissement constitue un axe central de la stratégie budgétaire. Elle repose notamment sur le renforcement des processus de sélection et de maturation des projets, l’amélioration de la programmation pluriannuelle, le suivi-évaluation des projets et l’intégration progressive des outils de gestion et de pilotage budgétaire. Ainsi, la politique budgétaire mise en œuvre vise à concilier la relance des investissements, la soutenabilité des finances publiques et la consolidation des leviers de la croissance.
« La qualité de la dépense d’investissement a été érigée en priorité. »
Dans cette loi de finances 2026, plusieurs ministères voient leur budget fortement augmenter. Dans quelle mesure un outil tel que le Système intégré de gestion des Finances publiques (SIGFiP) permettra-t-il à la direction générale du Budget de renforcer le suivi, la maîtrise et le contrôle de la dépense publique ?
Le Système intégré de gestion des Finances publiques (SIGFiP) constitue l’un des piliers de la modernisation de la gestion budgétaire et financière de l’État. Il s’agit d’une plate-forme numérique intégrée, créée dans le cadre des réformes actuelles pour renforcer la transparence, la rigueur et l’efficacité des finances publiques. Concrètement, le SIGFiP permet de centraliser l’ensemble des opérations budgétaires et comptables, depuis l’engagement jusqu’au paiement, couvrant la totalité de la chaîne de la dépense publique et des recettes de l’État. Il intègre notamment la gestion des recettes fiscales et non fiscales, la liquidation et le mandatement des dépenses, la gestion des marchés publics et le suivi des crédits d’investissement. Cette intégration offre un contrôle en temps réel, une traçabilité complète de chaque opération et un renforcement des circuits de validation, garantissant une utilisation des ressources publiques conformément aux objectifs fixés dans la loi de finances. Le cadre d’application du SIGFiP s’étend à toutes les administrations financières de l’État concernées par l’exécution du budget, qu’il s’agisse des services centraux ou déconcentrés.
Dans le contexte de la loi de finances 2026, le SIGFiP constitue une réponse ambitieuse et stratégique pour la direction générale du Budget en permettant un suivi renforcé de la dépense publique, une maîtrise de l’exécution budgétaire, un contrôle interne et externe régulier et une amélioration de la transparence et de la crédibilité, rendant ainsi les données agrégées accessibles aux décideurs, aux partenaires techniques financiers et progressivement au public. En somme, le SIGFiP n’est pas seulement un outil technique, c’est un instrument de la gouvernance financière. Il transforme la gestion des finances publiques en un processus précis, traçable et responsable, garantissant que les ressources supplémentaires allouées aux ministères dans le budget 2026 sont utilisées efficacement, au service des priorités nationales et de la stratégie de développement du pays.
« Un dispositif de suivi renforcé a été mis en œuvre pour mesurer l’impact des politiques publiques. »
S’agissant de sa feuille de route 2026, comment la direction générale du Budget entend-elle contribuer, à travers ses actions, à l’alignement avec les orientations du Plan national de croissance et de développement (PNCD) pour cette première année de mise en œuvre ?
La direction générale du Budget est pleinement mobilisée dans l’opérationnalisation du Plan national de croissance et de développement (PNCD) à travers une budgétisation axée sur les résultats et appuyée par des indicateurs de performance clairement définis. Par ailleurs, un dispositif de suivi renforcé des évaluations d’impact et un effort soutenu de formation des cadres sont mis en œuvre afin de garantir l’efficacité de l’action publique. En outre, la loi de finances 2026 traduit une ambition claire : doter l’État des moyens budgétaires nécessaires à la transformation durable de l’économie nationale, tout en préservant la soutenabilité des finances publiques. Ainsi, la direction générale du Budget demeurera pleinement engagée pour assurer une exécution rigoureuse, transparente et résolument orientée vers les résultats, dans le strict respect des priorités nationales définies par les plus hautes autorités de la République.
Propos recueillis par Serge-Henri Malet