![]()
Avec un chiffre d’affaires (CA) global de 141,9 milliards de FCFA, le marché gabonais de l’assurance a clôturé 2024 sur une progression notable liée à la vigueur de l’assurance-vie et à la montée en puissance de la SCG‑Ré. Son administrateur directeur général Thierry Abeloko décrypte les leviers du secteur pour gagner en compétitivité.

Après une baisse d’activité au premier trimestre 2024, le CA du marché des assurances au Gabon a connu une belle progression au deuxième trimestre. Quel est le niveau global du CA du marché en 2024, quels facteurs expliquent cette dynamique et cette tendance s’est-elle répercutée sur la réassurance ?
Thierry Abeloko : En effet, le marché de l’assurance au Gabon a connu un recul de 11,17 % au premier trimestre 2024. Après une variation de 7,72 % au premier semestre par rapport à la même période de l’exercice 2023, le CA global du marché des assurances a connu une progression de l’ordre de 6,96 % au 31 décembre 2024, principalement portée par l’assurance-vie, en hausse de 14,48 % par rapport au 31 décembre 2023. Le CA global du marché s’établit ainsi à 141,9 milliards de FCFA, et celui de la SCG-Ré atteint 22,18 milliards de FCFA, soit un peu plus de 15 % de part de marché.
Comment ont évolué les principaux indicateurs de la SCG-Ré au cours de l’exercice 2024 par rapport à 2023, et qu’en est-il de l’exercice 2025 ?
Avec un taux de réalisation supérieur à 109 %, la SCG-Ré a enregistré en 2024 une augmentation importante de son CA, qui a dépassé ses prévisions budgétaires. Cette performance s’explique notamment par la croissance des acceptations commerciales, tant au Gabon qu’à l’international. Outre un CA en hausse de 13 % par rapport à 2023, les primes acquises ont augmenté de 9 % sur la même période. Parallèlement, la charge de sinistres a reculé de 20 %, favorisant une amélioration notable du résultat technique, en hausse de 21 % avant rétrocession et de 20 % après rétrocession. Le résultat d’exploitation a été arrêté à 24 % par rapport à 2023, pour atteindre un montant global de 2,05 milliards de FCFA. S’agissant de 2025, les prévisions adoptées par le conseil d’administration de la société nous escomptent un CA de 21,8 milliards de FCFA, avec une prime acquise de 21,6 milliards de FCFA. La charge de sinistres est attendue en légère augmentation à 4,77 milliards de FCFA. Le résultat financier est estimé à 783 millions de FCFA, tandis que le résultat social avant impôts s’établirait à 2,80 milliards de FCFA, pour un résultat social de 1,96 milliards de FCFA.
Si le CA du secteur des assurances poursuit sa dynamique haussière, quelles conditions permettraient au Gabon de récupérer la 4e place occupée par le Burkina Faso dans le classement des États de la zone CIMA ?
L’élément principal utilisé dans l’espace CIMA et FANAF pour classer les sociétés d’assurance et de réassurance repose principalement sur le CA global annuel. Afin de récupérer sa place, le marché gabonais doit agir sur plusieurs leviers qui permettraient d’augmenter ce CA, notamment le renforcement du contrôle des compagnies d’assurance afin de limiter les fuites éventuelles de capitaux. Cela passe également par l’élargissement des assurances obligatoires en République gabonaise et le respect effectif de ces obligations, ainsi que par une politique commerciale accrue des acteurs du secteur assuranciel afin de développer de nouvelles branches et d’augmenter le taux de pénétration de l’assurance au Gabon.
« La SCG-Ré, en tant qu’initiative de l’État gabonais, contribue directement au dynamisme de l’économie nationale. »
Votre objectif 2024-2025 était d’étoffer l’équipe sinistre de la SCG-Ré afin de réduire les délais de traitement. Cette ambition a-t-elle été atteinte et son impact sur la qualité de service est-il notable ?
Sur l’exercice 2024-2025 la SCG-Ré a effectivement étoffé ses équipes sinistres par le recrutement de nouveaux régleurs. Cette démarche vise à accélérer la cadence de règlement des sinistres, à respecter davantage nos engagements envers notre clientèle et à renforcer notre position sur le marché de la réassurance, aussi bien dans l’espace CIMA qu’à l’échelle du continent africain.
L’obligation liée à votre entrée en bourse de consolider les comptes selon les normes IFRS de l’exercice 2024 a-t-elle été respectée ?
En tant que société cotée en bourse, nous sommes soumis à une obligation d’information vis-à-vis des autorités de régulation du marché financier de l’Afrique centrale, la COSUMAF et la BVMAC. Á ce titre, les comptes ont été présentés conformément aux normes IFRS au terme de l’exercice 2024.
Á quel horizon la SCG-Ré sera-t-elle prête à solliciter des agences de notation afin de faire auditer ses processus et d’évaluer sa compétitivité ?
La notation financière constitue un marqueur déterminant pour une société de réassurance. Au-delà des exigences de solvabilité encadrées par la CIMA, elle permet d’apporter une information claire aux potentiels clients et partenaires sur sa solidité financière et conditionne sa capacité à accéder à des programmes de plus grande envergure. Dans ce cadre, la SCG-Ré s’est effectivement engagée dans un processus de notation. Compte tenu de la jeunesse de l’entreprise et des spécificités de son secteur d’activité, il était essentiel de structurer un certain nombre de fondamentaux. Des échanges ont ainsi été initiés avec deux des plus importantes agences de notation au niveau international et sur le continent africain afin d’identifier leurs exigences ainsi que les principaux axes d’amélioration. Un travail de planification est en cours pour renforcer ces différents points et optimiser les conditions d’obtention d’une notation favorable. L’objectif est d’aborder ce processus dans les meilleures conditions possibles, avec l’ambition d’atteindre le niveau de notation le plus élevé. Il convient également de souligner que la notation obtenue par la société est étroitement liée à la note souveraine du pays.
Comment votre feuille de route s’inscrit-elle dans les orientations du Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026–2030 ?
La SCG-Ré, en tant qu’initiative de l’État gabonais, contribue directement au dynamisme de l’économie nationale et à la réduction effective de la fuite des capitaux, permettant ainsi d’accélérer le développement du pays. Á travers ses activités, elle participe aussi à rééquilibrer, un tant soit peu, la balance des paiements avec nos partenaires extérieurs en générant des flux de devises via ses opérations à l’international. Tout comme les sociétés d’assurances locales, elle est un investisseur institutionnel et en cette qualité, toutes les primes collectées au Gabon et à l’étranger sont réinvesties dans l’économie nationale via les dépôts effectués auprès des différentes banques de la place et la participation aux différents emprunts obligataires émis par l’État gabonais. De plus, en tant que réassureur, elle investit aussi dans la pierre avec la construction de bâtiments, participant ainsi au développement local des infrastructures.
Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand