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Appuyé sur des outils numériques de plus en plus performants, le CGC dirigé par Giscard Lilian Ogoula s’inscrit en parfaite cohérence avec les ambitions de transformation de la chaîne logistique nationale.
Quels enseignements tirez-vous de votre Réunion annuelle des mandataires (RAM)
tenue en février à Paris ?
Giscard Lilian Ogoula : La Réunion annuelle des mandataires constitue plus qu’un simple rendez-vous institutionnel : elle est un instrument de gouvernance et de redevabilité pour le Conseil Gabonais des Chargeurs. L’édition 2026 a mis en lumière les forces du réseau, notamment la capacité de mobilisation des mandataires et la qualité des échanges techniques, mais aussi ses faiblesses : déficit de communication réglementaire et irrégularités persistantes dans le contrôle documentaire. Elle a également révélé des opportunités liées à la digitalisation accélérée des procédures et à l’intégration des plates-formes GECOP(1) et BIETC 2.0(2), ainsi que des menaces comme les risques de fraude documentaire.
Le CGC, en tant que régulateur du transport de fret multimodal, entend transformer ces constats en leviers d’action. Concrètement, il s’agit de capitaliser sur les forces en consolidant la coopération avec les mandataires et en valorisant leur rôle de relais opérationnels dans les ports étrangers. Il faut aussi corriger les faiblesses par un encadrement plus strict des procédures, une sensibilisation accrue des opérateurs économiques et une communication technique renforcée. De plus, il est nécessaire d’exploiter les opportunités offertes par la digitalisation pour fluidifier les opérations, réduire les délais et garantir une traçabilité complète des cargaisons. Enfin, nous devons anticiper les menaces en consolidant la gouvernance documentaire, en sécurisant les corridors multimodaux et en intensifiant la coopération internationale.
Cette rencontre a donc permis d’évaluer la performance du réseau international du CGC et de tracer une feuille de route : faire du Gabon, grâce à sa position géographique stratégique et à la dynamique impulsée par les plus hautes autorités, une plate-forme logistique de référence dans le golfe de Guinée, avec le CGC comme garant de la transparence, de la fiabilité et de la compétitivité du fret multimodal.
Pourquoi cet exercice revêt-il une importance particulière?
La RAM revêt une importance particulière car elle permet d’évaluer les activités du réseau international, d’identifier les écarts et de réajuster les pratiques pour rester en phase avec les exigences de l’heure. Cet exercice garantit que la chaîne logistique nationale demeure encadrée, sécurisée et compétitive.
Ainsi, le BIETC 2.0marque une transformation significative car nous passons d’un système centré sur le maritime à une plate-forme multimodale intégrant le maritime, l’aérien et le terrestre. Ses principales innovations sont le suivi du pré- et du post-acheminement, la gestion automatisée de la facturation, l’édition des états statistiques et comptables, l’intégration d’un module de paiement électronique, et enfin la possibilité d’associer des pièces jointes aux demandesainsi que des alertes automatiques en cas de dépassement des délais de traitement.
Le GECOP 2.0, version améliorée de notre plate-forme, parfait la mission régalienne d’identification des importateurs et exportateurs confiée au CGC. Il innove avec l’inscription en ligne, le paiement électronique, la création d’un compte chargeur, la dématérialisation de la carte de chargeur, la digitalisation des services d’assistance et l’interaction directe avec le BIETC. Ces fonctionnalités facilitent les procédures d’obtention de la carte de chargeur en simplifiant les démarches administratives et en réduisant les délais de traitement. Elles sécurisent les échanges et aident à lutter contre l’informel.
Donc, la RAM 2026 a confirmé que le CGC, régulateur du transport de fret multimodal, dispose désormais d’outils de pointe pour la traçabilité des flux, la transparence des opérations et l’efficacité de la chaîne logistique nationale, en phase avec les exigences de l’heure.
Comment le réseau mondial des mandataires contribue-t-il au suivi des cargaisons, à la coordination logistique et à la délivrance du BIETC ?
Le réseau mondial des mandataires du CGC, présent en Afrique, en Europe et dans les Amériques, relaye l’activité du CGC dans ces pays et constitue un maillon indispensable pour la sécurité et la sûreté des opérations. Il permet de surmonter la barrière de la langue et les contraintes liées aux fuseaux horaires en assurant une interface permanente entre les opérateurs étrangers et le CGC.
Dans la délivrance du BIETC, les mandataires assurent le contrôle documentaire indispensable pour la douane, collectent les frais pour le compte du CGC et informent les opérateurs économiques sur les procédures, le coût moyen du fret et les charges liées aux opérations d’importation. Ce dispositif renforce le suivi des cargaisons, la coordination logistique, la traçabilité des flux et la protection des intérêts des chargeurs gabonais dans les ports étrangers, donc la crédibilité du Gabon sur la scène internationale.
« Les mandataires du CGC renforcent la crédibilité du Gabon sur la scène internationale. »
Comment le Gabon peut-il bâtir une chaîne logistique plus performante et faire émerger un fret plus compétitif?
L’amélioration de la performance logistique et de la compétitivité du secteur du fret font partie intégrante des objectifs stratégiques du CGC, en parfaite adéquation avec le Plan national de croissance et de développement (PNCD) qui, lui, prévoit la modernisation des infrastructures, la digitalisation des procédures et le renforcement de la gouvernance logistique. Il faut en premier lieu professionnaliser la filière via la formation et le perfectionnement des capacités des opérateurs économiques. La promotion des normes et des standards internationaux en matière de fret va aussi contribuer à l’amélioration de la qualité des services, un facteur essentiel pour la conquête des marchés régionaux et internationaux.
Pour ce qui est de la réduction des coûts logistiques et des délais de traitement des marchandises ainsi quede la fluidification des opérations portuaires, douanières et de transportqui visent la facilitation du commerce et des transports, nous nous référons aux mesures édictées par les organisations internationales comme l’Organisation maritime internationale(OMI), l’Organisation mondiale des Douanes (OMD) ou l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). Leur mise en œuvre efficace suppose une coordination par le Comité national de facilitation des échanges (CNFE), qui est le cadre approprié permettant aux experts des secteurs public et privé de conjuguer leurs efforts afin de proposer des solutions adaptées aux réalités nationales. Au titre des projets retenus et amorcés par l’État gabonais allant dans le sens de la réduction des coûts logistiques et des délais de formalités douanières, le port en eau profonde de Kobe-Kobe et le complexe industrialo-portuaire de Mayumba sont des infrastructures logistiques de pointe. S’y ajoutent la réhabilitation du chemin de fer et le renforcement des unités navales au profit de l’armement national.
Enfin, le déploiement prochain, pour les ports d’Owendo et de Port-Gentil, du Système de communauté portuaire (PCS), une infrastructure numérique qui a vocation à optimiser les processus logistiques, facilitera le commerce extérieur du Gabon. Ce PCS, phase initiale du projet de mise en œuvre du Guichet unique du Commerce extérieur (GUCE), va fortement contribuer à la compétitivité de nos ports.
Quels atouts le Gabon doit-il mieux valoriser pour asseoir sa position de plate-forme logistique de référence ?
La réalisation des projets structurants engagés par le gouvernement dotera le Gabon d’un véritable écosystème logistique intégré. Cet ensemble cohérent, atout stratégique majeur, montre la capacité du pays à organiser, maîtriser et sécuriser ses flux commerciaux dans une logique de performance et de compétitivité. En valorisant cet écosystème logistique intégré comme vitrine de sa montée en puissance, le pays peut consolider sa position de plate-forme de référence dans le golfe de Guinée, attirer plus de flux commerciaux et devenir plus attractif pour les investisseurs régionaux et internationaux.
Le Gabon a réuni ses partenaires le 20 janvier 2026 à Libreville afin d’engager la restructuration du Comité national de facilitation des échanges (CNFE). Pourquoi ce projet ?
Le Comité national de facilitation des échanges (CNFE) a été constitué en février 2017 sous la forme d’un comité ad hoc comprenant une quarantaine de membres et coordonné par la direction générale du Commerce. Les six premières années, il a bénéficié de l’appui technique de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), notamment pour l’appropriation de l’Accord de facilitation des échanges (AFE). Lorsque l’ancrage institutionnel du CNFE a été consacré avec l’arrêté n°0272/PM/MCPMEI, son effectif s’est réduit d’au moins 50 %, et la part du secteur privé a beaucoup baissé. Le défaut de budget de fonctionnement, le manque d’accès aux financements des projets lourds par les bailleurs de fonds et la faible adhésion des milieux d’affaire sont considérablement limité ses capacités, d’où le retard du Gabon dans la mise en œuvre de l’AFE.
Le CGC a donc proposé son appui à la direction générale du Commerce pour redynamiser le CNFE. Nous avons initié des concertations du secteur privé afin de susciter son adhésion dans le projet de restructuration du secrétariat technique, cheville ouvrière du comité. L’objectif était de structurer l’organisation et le fonctionnement de cet organe permanent en le dotant des ressources humaines, matérielles et financières lui permettant de remplir ses missions avec plus d’efficacité. Á ce jour, le secrétariat technique permanent qui a été mis en place par l’arrêté n°002126/MCPMEPMIEJ s’emploie à accélérer la mise en œuvre de la feuille de route nationale sur l’AFE. Il a priorisé le traitement des articles 8 (coopération entre organismes présents aux frontières) et 10.4 (Guichet unique) afin d’accélérer la conformité du pays à l’AFE et de fluidifier le commerce extérieur.
Lors de l’Assemblée générale de l’Union des Conseils des Chargeurs Africains (UCCA) tenue à Pointe-Noire le 31 mai 2025, le Gabon a été désigné commissaire aux comptes aux côtés de son homologue burkinabè. Que représente cette nomination?
La nomination du Gabon comme commissaire aux comptes de l’UCCA aux côtés du Burkina Faso traduit une volonté d’améliorer la transparence financière et la crédibilité institutionnelle de l’Union. Elle marque aussi la reconnaissance du rôle du Gabon dans la gouvernance régionale. Les rapports présentés lors de l’Assemblée générale ont mis en évidence la nécessité d’une gestion plus rigoureuse et axée sur les résultats face aux disparités de cotisations qui fragilisent l’autonomie financière. Les perspectives sont prometteuses, avec le projet d’adhésion de trois nouveaux membres qui élargira l’assise institutionnelle et financière de l’UCCA. Pour assurer un fonctionnement durable, l’Union doit explorer de nouveaux modes de financement : micro-taxe communautaire, partenariats public-privé et mobilisation de financements multilatéraux.
Quelles sont les avancées du CGC en 2026?
Nous avons constaté une progression significative des indicateurs d’activité : le fret a sensiblement augmenté et la satisfaction des chargeurs s’est accrue. Le lancement de la version 2.0 du GECOP début 2026 a contribué à la dématérialisation des processus administratifs d’identification des chargeurs, de suivi de leurs opérations d’import/export et de prise en charge des demandes d’assistance. La valeur ajoutée de cette nouvelle version réside dans la dématérialisation du paiement et le traitement en ligne des demandes d’assistance. L’impact sur les usagers du fret se mesure à la réduction des délais et à la simplification des formalités administratives.
Nous avons franchi une autre étape décisive avec le BIETC 2.0, outil stratégique dans les échanges commerciaux. Il garantit la traçabilité en amont et la sécurité. Il soutient les opérations douanières et répond au pan du PNCD relatif à la souveraineté portuaire et douanière. Cette version intègre le routier et l’aérien, ce qui en fait un outil transversal interconnectable avec toutes les administrations, assurant une collecte fluide des données, la production de statistiques multimodales et introduisant le paiement en ligne, une avancée majeure qui prépare le Guichet unique attendu par tous les acteurs de la chaîne logistique nationale. À ses côtés, le Trade Portal offrira une plate-forme numérique intégrée, transparente et performante fluidifiant les échanges, produisant des indicateurs fiables et dopant la compétitivité du Gabon dans le commerce international.
En matière de responsabilité sociétale, nous avons ouvert le Centre de documentation et d’information (CDI) afin de partager l’expérience accumulée par le CGC depuis 1971, de participer à la formation des acteurs et de contribuer à la montée en compétence nationale. Sur le plan de la gouvernance, nous avons entrepris des réformes en cohérence avec le PNCD. Un audit à blanc a été réalisé pour tester nos procédures internes et identifier les points de fragilité. Ses conclusions ont confirmé la nécessité d’un diagnostic des ressources humaines, qui a mis en évidence des besoins en formation, en responsabilisation et en stabilisation des équipes. Ce diagnostic a recommandé l’élaboration d’un manuel d’organisation formalisant nos structures et nos circuits décisionnels.
Nous poursuivons la mise en application du PNCD, notamment l’axe consacré à la valorisation des ressources nationales et à la maîtrise des flux stratégiques : hydrocarbures, minerais, fret portuaire. La mise en œuvre des dispositions réglementaires sur la liquidation de la Commission des droits de trafic sectoriels (CDTS) est en cours. Un groupe de travail placé sous la supervision de la Présidence et associant le CGC aux ministères du Pétrole et des Mines a déjà engagé les travaux avec les opérateurs économiques pour définir les modalités de son application.
Enfin, nous avons engagé le projet de révision du dispositif réglementaire du CGC destiné à adapter notre cadre juridique aux nouvelles missions, à consolider la sécurité des procédures et à asseoir la légitimité de nos actions. Ce chantier constitue un levier essentiel pour accompagner la modernisation de la chaîne logistique nationale et garantir la conformité de nos pratiques aux standards internationaux.
Les ressources allouées sont-elles à la hauteur des ambitions de transformation de la chaîne logistique nationale ?
Le budget de fonctionnement2026 a augmenté de 5 % par rapport à 2025. Cette évolution montre la rigueur de notre gestion, conforme aux exigences des plus hautes autorités envers les organismes parapublics. Elle illustre aussi notre autonomie de gestion, qui nous permet de mobiliser ces ressources avec discipline et transparence.
Les recettes issues de la CDTS et les réformes réglementaires viendront soutenir notre ambition de faire du CGC un référent majeur au plan national, reconnu pour la qualité et la pertinence de ses indicateurs, de ses notes de conjoncture, de ses études et de ses analyses.
Si l’exercice 2025 a été celui de la consolidation et de la modernisation, l’exercice 2026 s’annonce comme celui de l’interconnexion, de la facilitation et de la souveraineté, avec une gouvernance rénovée, des outils modernisés, des ressources accrues et un cadre réglementaire révisé pour transformer durablement la chaîne logistique nationale et servir la croissance économique et sociale du Gabon.
Quelles sont les priorités de votre institution en 2026 ?
Pour moderniser l'écosystème logistique national, le CGC déploie trois priorités articulées autour de chantiers structurants. La première est la modernisation des outils et la digitalisation. La deuxième est la facilitation du commerce et la mise en place du Guichet unique. La troisième est la révision du dispositif législatif et réglementaire, préalable indispensable pour donner un ancrage légal aux innovations de l'office et s'adapter à l'évolution de l'environnement commercial.
Propos recueillis par Andju Ani