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Longtemps considéré comme un simple sous-produit du pétrole, le gaz naturel s’impose désormais comme un pilier de la stratégie énergétique du Gabon. De nouveaux investissements et des projets structurants marquent un tournant majeur pour l’économie nationale.
Selon plusieurs estimations internationales, le Gabon disposerait d’environ 900 milliards de pieds cubes de réserves prouvées de gaz naturel, soit près de 28 milliards de mètres cubes. Ces ressources sont associées aux gisements pétroliers offshore et onshore du pays. Pendant de nombreuses années, faute d’infrastructures adaptées, une partie de ce gaz était réinjectée dans les champs pétroliers pour maintenir la pression des réservoirs ou brûlée à la torche.
Aujourd’hui, la donne a changé. Face à la baisse de la production pétrolière des champs matures et à la nécessité de diversifier l’économie, le gouvernement gabonais a décidé d’accélérer le développement de la filière gaz. Cette orientation répond à une forte demande de gaz liquéfié (GNL) en Europe et en Asie. « Le Gabon entre dans l’ère du gaz : cette ressource n’est plus un sous-produit mais un levier de souveraineté énergétique, d’industrialisation et de création de valeur », affirme Clotaire Kondja, le ministre du Pétrole et du Gaz.
« Le Gabon entre dans l’ère du gaz. »
Parmi les projets emblématiques figure celui développé par Perenco au terminal du Cap Lopez pour un investissement de près de 2 milliards de dollars, soit 1 136 milliards de FCFA. Il s’agit de la construction d’une unité de production de gaz naturel liquéfié qui doit permettre au Gabon de devenir autosuffisant en gaz butane et exportateur de GNL à partir de 2026. Le développement du gaz s’est également traduit par la mise en service en 2024 d’une usine de production de gaz de pétrole liquéfié (GPL) à Batanga, près de Port-Gentil. Cette installation vise à réduire les importations de gaz domestique et à acroître la sécurité énergétique nationale.
Parallèlement, plusieurs accords et avenants contractuels ont été conclus ces dernières années. Le projet de centrale thermique à gaz de Mayumba a notamment fait l’objet d’une actualisation contractuelle entre l’État gabonais, Perenco et Gabon Power Company. L’objectif est d’alimenter progressivement le sud du pays en électricité grâce à une énergie plus fiable. L’intérêt pour le gaz se manifeste également dans l’arrivée ou le retour de grands groupes internationaux. En 2025, ExxonMobil a signé un protocole d’accord avec le gouvernement gabonais pour explorer les ressources pétrolières et gazières offshore. En 2026, les autorités ont annoncé leur intention de conclure des contrats de partage de production avec ExxonMobil et BP dans plusieurs blocs maritimes prometteurs. Un programme d’investissements qui, selon le ministre du Pétrole, s’élève à plus de 2 milliards de dollars sur cinq ans.
Cette dynamique est intensifiée par les perspectives géologiques encore sous-explorées du pays. Les bassins offshores profonds et ultra-profonds gabonais, notamment autour des découvertes de Leopard, Diaba et Boudji, dans la côte ouest du pays, sont considérés comme présentant un important potentiel gazier. Les autorités espèrent que de nouvelles campagnes d’exploration permettront d’augmenter les réserves actuellement prouvées.
Si le gaz suscite aujourd’hui autant d’intérêt, c’est parce qu’il répond à des priorités nationales. Il permet de produire de l’électricité pour soutenir l’industrialisation du pays, offre des débouchés dans la pétrochimie, les engrais, le GPL et le GNL, et constitue une source de revenus d’exportation susceptible de compenser progressivement le déclin naturel de la production pétrolière.
Le Gabon cherche ainsi à reproduire le succès observé dans d’autres pays africains producteurs de gaz, comme la République du Congo ou le Mozambique, qui ont développé des infrastructures d’exportation de GNL pour valoriser leurs ressources. De ce point de vue, la création d’une économie gazière apparaît comme l’un des grands chantiers de la décennie.
Après avoir longtemps négligé cette ressource, le Gabon semble désormais déterminé à faire du gaz naturel un moteur de croissance, de souveraineté énergétique et de diversification économique. Les investissements engagés et les projets en cours laissent entrevoir l’émergence d’une nouvelle filière à même de transformer le paysage énergétique national.
Anne-Sophie Lallemant